Le conscrit : "A partir de quel âge un enfant peut-il être torturé ?"

Mimiche - 07.05.2013

Livre - torture - junte militaire - Argentine


Fin des années mille neuf cent soixante dix à Buenos Aires.

 

Un jeune homme de famille honnête effectue son service militaire dans l'armée de terre, à l'issue d'un tirage au sort qui l'a ainsi désigné.

 

Il a une bonne place : il est le chauffeur du Docteur Mesiano, médecin militaire important dans la hiérarchie. Plein de la puissance que lui donnent ses nombreuses et importantes relations.

 

A la caserne, ce soir là, le brigadier a noté, mal, à côté du téléphone, sur le carnet de note laissé là à cet effet, un message à l'attention du Docteur Mesiano de la part du Docteur Padilla. Un message à priori d'une grande importance car relatif aux conditions de torture d'une prisonnière.

 

Mais le Docteur Mesiano n'est pas là. Profitant d'une générosité du contre-amiral Lacoste, il a emmené son fils voir un match de l'équipe d'Argentine. Un match de Coupe du Monde.

 

Plein du respect pour l'ordre établi et la hiérarchie inculqués par son père, le conscrit, au volant de la Falcon de fonction du Capitaine Mesiano, part alors à la recherche de ce dernier.

 

Pendant ce temps, ailleurs dans la ville, des militaires tentent d'arracher, par la violence, des informations à une jeune femme prisonnière…

 

 

Ce livre, d'une désarmante douceur, fait régulièrement passer des frissons dans les dos quand il met en scène, par touches tellement insignifiantes, des situations, des actes d'une horreur totale.

 

En fait, par le rythme choisi pour saccader sa narration multiple (plusieurs scènes se déroulent en même temps et se chevauchent dans plusieurs chapitres sur une seule page), Martín KOHAN fait tomber le pression qui, autrement, serait insoutenable.

 

Ce qui l'autorise à raconter, sans en avoir l'air, des atrocités sans nom perpétrées par les soudards de la junte argentine sous l'œil indifférent voire compréhensif d'un jeune garçon dont le comportement ajoute encore à la dureté de la situation.

 

La litanie des joueurs de l'équipe argentine, de leurs noms et de toutes leurs caractéristiques physiques ou tactiques représente bien plus d'intérêt pour la foule (qui a déserté la rue pour gagner le stade ou s'agglutiner autour de postes de radio ou de télévision) que toute autre considération et semble vouloir ranger au deuxième plan ces exactions infligées à ces parts individualisées d'elle même qu'elle tente ou fait semblant de ne pas voir.

 

Panem et circences ! Derrière le pain et les jeux se cachent l'oppression et l'abjection.

 

La photo montage de la jaquette du livre (un joueur de baby-foot aux yeux bandés) est un résumé macabre d'un livre terrible et dérangeant.

 

A lire sans réserve.