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Le cure-dent, Jean-Yves Lacroix

Clément Solym - 11.02.2009

Livre - cure - dent - Lacroix


La biographie est bien un défi, mais bien plus charabia que l’art du plagiat.

De quoi s’agit-il ? Un petit livre de 92 pages comme savent les faire si bien les éditions Allia. Une couverture énigmatique reproduisant la photo d’une jeune femme belle et démodée des années 50, tramée par des motifs évoquant les tatouages au henné que l’on appelle Mahenni que se dessinent sur les mains les femmes musulmanes. Un titre encore plus intrigant : Le cure-dent. Un auteur à moi inconnu : Jean-Yves Lacroix.

On apprend sur la jaquette que cet auteur a été vice-champion du monde de Scrabble en 1983 et qu’il s’agit de son premier livre. Sur certains sites, on lit qu’il est aujourd'hui libraire de livres anciens et qu’il a traduit plusieurs ouvrages d'Herman Melville, dont Bartleby et Moi et ma cheminée ou Le Paradis des célibataires. Effectivement, le site des éditions Allia confirme ces informations.

L’incipit de ce petit OLNI (objet littéraire non identifié) commence par une sorte d’enquête qui nous transporte immédiatement :

« De toutes les bibliothèques d’Europe, celle de l’École Normale Supérieure emporte la préférence, pour son accueil désuet, la qualité de ses fonds dans le domaine des sciences et des humanités, et l’accès libre à la presque totalité des ouvrages accumulés depuis deux siècles, par legs de haute spécialité et acquisitions impérieuses ».

Et l’on se lance ainsi avec le narrateur sur les traces d’Omar Khayyam « né le 18 mai 1048 dans le district de Shadyakh, à Nishapour, capitale de la très riche province du Khorassan, au nord-est de l’Iran actuel ».

Certains connaissent le grand poète, mathématicien, astronome de la cour qui participa, avec d'autres scientifiques à la réforme du calendrier persan et fut un disciple du grand médecin Avicenne. Tout cela, on l’apprend au détour d’une phrase, ou plutôt on le devine, car le parti pris de Lacroix est d’aller à l’essentiel : la langue, ça tombe bien, vu le titre. Comment évoquer la vie d’un poète, astronome sans énumérer les événements qui ont composé sa vie ?

En mettant le lecteur dans une position qui lui permettra d’approcher l’état d’esprit du poète. Jean-Yves Lacroix y arrive fort bien grâce à une écriture magnifique dont on ne se lasse de relire certaines phrases d’une poésie désuète et magique, qui joue de l’équilibre mathématique des chiasmes et de la musique cosmique des allitérations. « Elle entra comme allait fermer la nuit, un samedi de décembre ».

« Il avait les pieds nus sur les dalles du palais ; la plante cherchait sur la pierre quelque chose encore de la chaleur de l’été. Elle ôta sa sandale et posa son pied sur le pied dénudé. » Fermez les yeux, vous êtes à Nishapour, l’été 1088.

Les éditions Allia profitent de l’occasion pour éditer les quatrains du poète dans leur collection à 3 €.

Retrouvez Le cure-dent, sur Place des libraires




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