Le double était parfait : à la recherche du Kierkegaard perdu

Victor De Sepausy - 18.04.2019

Livre - Le double était parfait - Satterlee Kierkegaard manuscrit - autisme enquete philosophie


THRILLER ÉTRANGER – La disparition d’un manuscrit du philosophe Søren Kierkegaard, survenue au Danemark, retentit au moins aussi fort qu’une page inconnue de Descartes découverte en France… Pour Daniel Peters, 37 ans, ce sera l’occasion d’affronter ses propres démons. Mais comprendre le philosophe danois n’a rien d’un bref parcours de santé.
 
 
 
Plusieurs symptômes étaient manifestes : le besoin d’habitudes et de routines, la difficulté à sociabiliser, et parfois, ce qui était interprété comme un manque d’empathie. La réalité est que Daniel souffre d’un syndrome d’Asperger, et qu’il avait eu – peu ou prou — la chance d’échapper à un diagnostic clinique.
 
Grâce à l’intervention d’une amie, il est parvenu à obtenir un emploi dans le centre de recherche dédié au philosophe né à Copenhague. Mette Rasmussen compte probablement parmi les rares personnes en mesure de comprendre Daniel. Mais à son décès, c’est un homme plus seul encore qui reste — incapable d’exprimer son chagrin.
 
Par manque de vocabulaire émotionnel pour ce faire. Or, la mort de l’une coïncidence étrangement avec la disparition d’un manuscrit, préservé à l’abri d’un coffre-fort. Il s’agissait des seuls poèmes conservés du philosophe, que Daniel avait traduits. Comme il ne se sert pas des ordinateurs, l’unique copie de sa traduction est sur papier. Et bien entendu, a disparu elle aussi…
 
Le lien entre les deux événements va emporter le traducteur, originaire des États-Unis, aux côtés de l’inspectrice Ingrid Bendtner. Le Centre est une clé essentielle, dont les codes restent à déchiffrer pour elle.
 
Il y a, indéniablement, quelque chose de Fred Vargas chez Thom Satterlee : l’envie d’une intrigue qui soit autre chose que la violence et le crime, quelque chose que l’on devait à Umberto Eco, où l’intelligence et la complexité des personnages rendent tout le récit plus dense. Ici, histoire ancienne et monde moderne se retrouve, à un confluent inattendu.
 
Et comme les passages secrets et les salles secrètes alors ignorées ne manquent pas, on prend plaisir à suivre un parcours qui aligne les découvertes et les surprises. 
 
D’autant qu’en contrepoint de cette traduction volée, c’est le comportement du personnage lui-même qui est affaire de traduction. Daniel est sans cesse en recherche de la meilleure compréhension des réactions que ses interlocuteurs peuvent avoir. Un aller-retour épuisant, certes, mais qui renforce les niveaux de lecture possible.
 
Au cœur de ce roman, les liens toujours complexes — et ici, rendus plus ardus encore — entre le langage et les relations. En somme, nous remontons le courant, pour aboutir aux origines de ce que Kierkegaard avait lui-même théorisé — et que l’on admet aujourd’hui comme les bases de l’existentialisme. Comment vivre en tant qu’individualité, tout en s’intégrant dans une réalité multiple, appartenant à chacun des individus qui l’animent.
 
Délicieux.
 
 
Thom Satterlee, trad. anglais (US) Carla Lavaste — Le double était parfait — Calmann-Levy — 9782702163399 – 20,90 €


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Pour approfondir

Editeur : Calmann-Levy
Genre :
Total pages : 360
Traducteur : carla lavaste
ISBN : 9782702163399

Le double était parfait

de Thom Satterlee

Quand un traducteur légèrement Asperger enquête sur la disparition d'un manuscrit de Kierkegaard : déductions hautement philosophiques à la clé ! Lorsque Mette Rasmussen, directrice de la Fondation Kierkegaard, est retrouvée assassinée, on découvre que des poèmes inédits du grand philosophe danois ont disparu par la même occasion. Heureusement, ils ont été traduits en anglais. Mais tous les soupçons se tournent alors vers le traducteur, l'américain Daniel Peters.

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