Le Feu de Dieu, Pierre Bordage

Clément Solym - 12.06.2009

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Un parfum de fin du monde qui semble mener à une indubitable fin dans un univers qui s’écroule et se meure… Douce senteur d’apocalypse dans une atmosphère de fatalité… Voici ce dont Pierre Bordage annonce d’emblée dans son roman catastrophe.

Franx a tout pour être heureux: une femme, des enfants, de l’argent… oui, mais voilà, il est en proie à d’étranges songes et autres pressentiments qui lui donnent se sentiment que la fin du monde est imminente. Sa famille l’a suivi dans ses idées de survie depuis quelque temps afin de se préparer au mieux au grand changement. La solution : se protéger à tout prix grâce à la transformation d’une vieille masure du Périgord en véritable citadelle sobrement intitulée “Le Feu de Dieu”. Le temps passant, la famille se disloque peu à peu, se lassant des délires de Franx : sa femme Alice s’éloigne de plus en plus et se rapproche de Jim, pseudo ami de la famille ; ses enfants Zoé et Théo ne sont pas en reste et sont trop bien conscients de ce qu’il advient malgré leur jeune âge. Et si Franx se trompait ?

Du jour au lendemain, les évènements vont pourtant lui donner raison. Tandis qu’il se trouve à Paris, que les catastrophes s’enchaînent et qu’un froid polaire s’installe peu à peu ; Alice et les enfants vont se retrouver rapidement sous l’emprise de Jim qui dévoile dès lors un visage tout autre.

Ambiance de fin du monde et d’anarchie totale au rendez-vous, description des comportements humains qui évoluent complètement jusqu’à la folie, ou au contraire, des démonstrations d’action désintéressées et solidaires. Pierre Bordage démontre ici la part d’animal qui ressort de l’homme tôt ou tard lorsque les principes fondamentaux dont s’enorgueillissent les plus grandes démocraties disparaissent. Dans la panique, les comportements irrationnels et la loi du plus fort deviennent la règle.

Tandis que Franx tente de revenir par tous les moyens dans le Périgord dans un monde chaotique qui ne ressemble à rien de ce qu’il a pu connaître – recueillant au passage une jeune survivante sous son aile, on assiste à des huis clos saisissant entre Alice, ses enfants et Jim qui se positionne au final comme véritable tyran. Les écrits du Feu de Dieu ne sont pas sans rappeler René Barjavel et son Ravages.

Entre récits apocalyptiques et thriller psychologique angoissant, les points de vue et les ressentis se mélangent en toute efficacité. Tandis que le père cherche à survivre et à rejoindre les siens ; les autres vivent cloîtrés, se sentant menacés constamment par un indésirable.

Il s’agit également d’une véritable démonstration qu’avec du bon sens et une volonté de fer : l’homme est capable de s’adapter et de se conditionner pour sa survie dans les situations les plus extrêmes. Se battre pour vivre, ne pas céder à la tentation de s’attarder dans un refuge, de guerre lasse, qui certes protégera quelque temps, mais qui au final deviendra un véritable tombeau. Revenir aux besoins essentiels : manger, dormir et se loger. Un soupçon de fantastique et le tour est joué.

Il semble que les sujets traitant de la fin du monde soient dans l’air du temps : entre catastrophe écologique internationale, Jugement dernier, la fin du calendrier Maya en 2012… ne soyons pas mauvaise langue… il s’agit d’un roman tout en efficacité, et au suspense haletant.


 

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