Le fil des Missangas, Mia Couto

Clément Solym - 29.08.2012

Livre - Mia Couto - Le fil des Missangas - Nouvelles


De vibrants portraits de femmes aux prises avec leurs désirs, leurs amours déçues et leurs blessures assassines, des êtres qui réinventent le réel, des  enfants qui revisitent leurs rêves : telles sont les perles de verre (missangas) qui composent cette œuvre.

 

Un collier de perles de brousse. Les « missangas », ce sont des perles de verre. J'ignore s'il s'agit de perles dont on fait les colliers ou avec lesquelles on peut jouer aux billes car je ne maîtrise pas (évidemment) la langue autochtone du Mozambique.

 

Ce que je sais, en revanche, c'est que voilà un magnifique collier de petites perles constituant ce recueil de nouvelles de Mia Oucto. Vingt neuf exactement, soit quelques pages à peine pour chacune d'entre elles. Autant dire qu'il n'est pas possible de les évoquer toutes pour donner à chacun le petit quelque chose d'envie qui va vous amener à ouvrir ce livre. 

 

Ce sont des histoires très diverses qui le composent, sans aucun lien entre elles sinon une écriture remplie d'une immense poésie, d'une imagination totalement magique (parfois au sens premier du mot), d'une écriture libre et libérée de toute convention qui crée les mots qui lui conviennent, ces fameux « mots-valises » inventés pour l'occasion qui sont autant d'ouvertures sur un monde à part. 

 

Un monde où le léopard, qui se « soudainise » dans un arbre, épargne son ancien amant ! Un monde où les émissions de télévision remplacent les visites que les enfants ou petits enfants ne font pas à leurs aïeux.

 

Un monde où un homme peut tomber du haut d'un immeuble et rester ainsi, longtemps, dans une sorte de lévitation au dessus de la mêlée, sourd aux injonctions de la police !

 

Ce sont de petites perles intimistes qui traduisent tout l'amour d'une femme pour son vieux mari lequel ne sait pas aimer son petit fils n'ayant lui-même jamais reçu un amour qu'il ne sait donc pas restituer. C'est magnifiquement dit et, en tous cas, divinement traduit puisque je « bouchebéifierait » si j'apprenais que ce verbe, nouveau pour moi, était soudainement entré au dictionnaire, ne manquant pas de me laisser « hagaréperdu ».

 

Voilà certainement un bien difficile exercice de style dans lequel Elisabeth Montero Rodriguez fait preuve, pour sa traduction, d'une maîtrise tout à fait remarquable.

 

Ce sont des vies dessinées à la serpe, en quelques coups de pinceaux qui esquissent seulement et laissent l'imagination continuer le travail toute seule. 

 

Ce sont de pépites de sensibilité, de tendresse, parfois de dureté et de mordant qui méritent d'être lues et relues pour en découvrir toutes les saveurs, pour en déceler toutes les fragrances, pour en entendre toutes les musiques.