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Le film va faire un malheur, Georges Flipo

Clément Solym - 29.07.2009

Livre - film - faire - malheur


« Ibant obscuri sub sola nocte. » Pour ceux qui n'ont jamais fait de latin, cette phrase n'aura aucun sens, bien qu'elle soit tirée du chant Vi de l'Enéide (vers 268), peu avant l'entrée d'Enée au royaume des Enfers. Sacrée référence. Et sacrément placée, pour achever un livre. Pas vraiment en finesse, puisque c'est la dernière phrase, mais enfin, Georges, tu admettras que c'est un peu excessif.

Tu permets, Georges, que je te tutoie ? D'abord, les gens que j'aime, leur prénom m'est cher, et toi, vraiment, tu m'as plu. Enfin... ton livre, en tout cas. Ton Alexis, réalisateur piteux et imbu de lui-même, qu'un truand réclame pour faire un film sur sa vie, a tous les défauts du monde. Mais tu l'as embarqué dans un tel méandre de situations qu'on n'éprouve pour lui que de la compassion. Quitté par la femme qui occupe ses jours, voué à une carrière de réalisateur de films publicitaires qui échoue, contraint de se taper des villages paumés pour faire la promo de chaînes d'hôtel de 5e zone... Soupçonné d'accointances avec le milieu criminel, alors qu'il est à peine capable d'être de mèche avec les gens de son milieu – le cinéma... Vraiment, c'est excellent.

Entre-temps, faire coucher son ex, séduite par le truand, faire vivre à Alexis une histoire de cul avec une comédienne qui deviendra l'égérie d'un shampoing, introduire un scénariste brisé, qui écrira les scènes de ce film, celui de la vie de Sammy. Tout est à construire, un paysage vierge nous attend. Mais les acteurs sont capricieux, souvent...

Avalé en trois heures (soit 120 pages de l'heure, je m'améliore...), ton livre brasse cependant des thèmes forts. Le couple, rien que ça. Issue d'une sorte d'impromptu, cette réunion d'êtres faite d'insupportables concessions, qui ne s'acceptent que par dépit. Entre eux, c'est mensonges et trahison et solitude et arrangements, pour que l'un et l'autre se supportent. On ne se met pas en couple, sauf forcé par des puissances supérieures. Un jeu de circonstances.

L'amitié qui se construit entre Alexis et son truand avance cahin-caha. Des virevoltes, des sursauts, des déceptions et des confidences, mais une quasi-impossibilité de parvenir à s'entendre. Tout cela ne fonctionne qu'à sens unique. Et pour s'accorder...

Car finalement, tout ton cinéma, ta publicité, tes scénarii ou ces castings sont des prétextes – et fameusement utilisés – pour nous parler de ce qu'on creuse de pire : l'égoïsme, le désir de reconnaissance, les querelles, la jalousie, l'envie, la cruauté. Personne ne lira ce livre au sens littéral, sans en perdre un autre, bien plus profond. On se laisse tromper un instant par des gangsters qui font quelques casses : si Sammy veut faire un film de sa vie, c'est avant tout pour que sa vie ressemble à un film. Alors ses comparses, tu les mets là avant tout pour jouer avec la police. Ils ont ce rôle d'enfants turbulents et dérangeants, qui rendent envieux les détectives qui les traquent.

Et quand tout s'arrange, ce n'est finalement que pour mieux dissimuler une autre ruse, un nouveau mensonge. La réalité, on s'en arrange, et que ce n'est pas possible, on l'arrange elle-même.

Tout ça pour dire que j'ai adoré ton livre. Pas simplement parce qu'il parle bien, avec exactitude ! Sir Yehudi Menuhin aurait peut-être dit qu'il est écrit « juste ». Mais avant tout, il nous parle de cette vie où l'on se débat, notre petit monde de vitesse et de faux-semblants, tel qu'il nous apparaît aujourd'hui. Ses aspirations microbiennes qui prennent parfois des aspects de pandémie sentimentale. Le bonheur que l'on se refuse, parce qu'on est incapables (inaptes ?) à faire preuve d'un brin de sincérité. Pathétique...

Y'a pas, Georges. Ton style est excellent, corrosif au besoin, flegmatique avec le mordant des banderilles : encore faut-il puiser dans le réel pour nous en extraire, et là chapeau, j'ai marché. Non. J'ai couru. Un marathon. Et avec plaisir. Détonnant mélange que ces mondes qui se télescopent, improbables et pourtant si proches. Il suffit de pas grand-chose...

Georges, je te le garantis, Ce livre va faire un malheur !

 

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