Le garçon dans le chêne, Fredrik Ekelund

Clément Solym - 16.01.2012

Livre - Roman - Polar - Gaïa


C'est un polar suédois mais bien éloigné d'un Stieg Larsson ou d'une Camilla Läckberg. Ici, pas de montée d'adrénaline, de tension ou de suspense haletant. Non, juste deux viols (si peu détaillés d'ailleurs) suivis de meurtres (sans effusion de sang) mais non moins tragiques,  accomplis à deux mois d'intervalle dans la ville de Malmö, au début de l'hiver. Une intrigue, classique en apparence, et pourtant bien déconcertante au final, voire dérangeante tant l'amertume et la désolation, le fatalisme du commissaire plongent le lecteur dans un état d'abattement.


Un roman où le meurtrier a finalement moins d'importance que le mobile de ses crimes, semble être lui-même la douloureuse victime d'une société pourtant prometteuse et libérée, épanouie jusque dans l'excès mais sans garantie de protection des êtres fragiles. Une société devenue aigrie, intolérante, sinistre et malsaine. « Ces salauds d'Arabes sont en train de nous prendre par derrière, dans tous les sens du terme […] pour prendre à terme le pouvoir dans notre société le. Je ne dis pas dans dix ans mais peut être cent. » Décidemment, il ne fait pas bon vivre en Suède aujourd'hui !


Une jeune Palestinienne, Yasmina est retrouvée morte dans un parc de la ville. La piste s'oriente d'abord vers un crime d'honneur, prétexte pour l'auteur à décrire ces communautés étrangères, désormais nombreuses, qui vivent en Suède, tiraillées entre la volonté d'intégration et le désir de rester fidèle à une culture originelle et identitaire.  Portrait d'une jeune femme exaltée, au plus près de ses convictions, prête à s'exposer, à être rejetée violemment par les siens, pour vivre libre, en accord avec elle-même : un exemple à suivre pour une société suédoise déprimée et sombre, repliée sur elle-même.


Et pourtant un exemple condamné par tous ou presque. Et c'est sans doute l'attitude sévère de la société en général qui guide le commissaire Hjalmar Lindström dans son enquête, lui donne l'énergie nécessaire pour essayer d'inverser la tendance, prouver que ce crime n'a rien d'un crime communautaire mais relève plus de l'intolérance d'une société tout entière. Ce n'est pas un homme révolté, loin de là, mais plutôt un être fatigué, désabusé mais bienveillant qui trouve en Monika, la stagiaire, l'énergie nécessaire pour cette enquête.


« Monika Gren faisait preuve d'un esprit vif et possédait un certain humour. Elle avait des yeux vifs et intelligents ». Une 1ère partie d'ailleurs dynamique, certes un peu banale tout de même, ponctuée de nombreux dialogues où chaque chapitre est le récit d'une journée. Avec le départ de la stagiaire, l'enquête est au point mort.


La suite du roman ne s'écoule pas de la même façon, n'imprègne pas de la même manière. Tout va plus vite. Le second crime est présenté en quelques pages ; peu de détails ou presque comme si finalement le commissaire se sentait moins impliqué ou que le crime avait moins de valeur à ses yeux. Le retour de Monika sonne le regain et accélère encore davantage le tempo. Et c'est à ce moment que le lecteur comprend que de suspense il n'y aura pas ou peu.


La troisième partie du roman dévoile le meurtrier sans effet de surprise, presque à la hâte. Le lecteur, se sent alors, un peu dépossédé de l'intrigue. Presque en dehors de l'action, passif et un peu déçu, douloureusement impuissant. Les événements se précipitent  ensuite mais ne tiennent pas en haleine.


Tout va trop vite finalement, comme une volonté de survoler l'horreur pour l'atténuer peut être, en tout cas, délayer la responsabilité de l'assassin, égratigner au passage, la famille et la société, complices avérées du drame. Et laisser une vision cruelle et sombre d'une société déchue, glauque et nauséabonde qui ne voit son salut qu'à travers un repli identitaire ou un comportement déréglé, plutôt malsain.  C'est là l'essentiel de ce roman,  noir et social avant d'être policier. 


Même si les personnages manquent un peu de complexité, de nuance et frôlent parfois la caricature, ils n'en restent pas moins attachants, presque authentiques. Hjlamar est un véritable anti-héros, il ne rassure pas, se fait l'écho d'échecs individuels et collectifs,  reflète désillusions et ennui. Puisse  alors Monika, par sa jeunesse, son engagement et son esprit sain, raviver l'étincelle d'espoir qui semble  abandonner peu à peu le commissaire et lui donner la force de poursuivre dans de nouvelles enquêtes (déjà annoncées par l'éditeur d'ailleurs).


 

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