Le Japon n'existe pas, Alberto Torres-Blandina

Clément Solym - 16.06.2009

Livre - Japon - existe - Alberto


Lieux de transhumance par excellence, les aéroports ne m'ont jamais fasciné. Soit on s'y pointe pour attendre son avion deux heures avant le départ, soit pour attendre un arrivant : dans tous les cas, on y perd du temps. Et comme plus que les gares, ces derniers sont excentrés, le temps de trajet compte double et ne vous fait rien gagner au scrabble, parce que Navette ne rapporte que 10 points...

 

Mais dans certains, on fait des rencontres. Un peu comme Shéhérazade qui pour échapper à son bourreau va raconter 1000 et Une nuits d'histoire, voici un balayeur dans un aéroport international qui a toujours une anecdote à vous compter. Oh, ne vous tracassez pas pour lui : il est à la retraite prochainement. Non que ça le réjouisse d'ailleurs. Ce métier, il l'aime bien et ne plus rien faire...

 

Il n'a pas vraiment de nom, ou si peu que d'ailleurs cela n'a pas grande importance. Il n'existe que pour les histoires qu'il raconte : elles parlent de son neveu, d'une ancienne serveuse de la cafétéria, d'un poète suédois, d'une femme désabusée. Toute personne dans l'aéroport en salle d'embarquement est propice à un nouveau récit.

 

Ceux qui ont le souvenir de la Chute de Camus retrouveront sans peine une sorte de Jean-Baptiste Clamence, moins torturé et sans parti pris de confession, bien sûr. Pourtant, c'est bien cette narration qui s'instaure : on croirait notre balayeur fou sans peine, à parler seul. Et peut-être est-ce bien le cas. Seules quelques réactions de ses interlocuteurs et qu'il rapporte nous laissent croire (et encore, qu'il rapporte, donc méfiance)... Il délirerait seul dans sa tête que ça n'y changerait rien cependant.

 

Restent alors ces récits. On entre dans des nouvelles, bien sûr, parlant de choses et d'autres. Car Salvador Fuensanta est un inlassable conteur, bavard impénitent, quoique balayeur consciencieux : il n'hésite pas à s'arrêter au milieu de son récit pour vous expliquer qu'il doit reprendre sa tâche. Et autant dire que balayer dans un aéroport, c'est le supplice de Prométhée...

 

Saviez-vous qu'une femme qui fait éventail avec son livre envoie un signal d'appel au sexe ? Et l'aventure d'Eduardo, parti en Inde pour trouver l'innocence perdue de notre monde ? Il y a cette serveuse qui tentait de se débarrasser d'un collègue aimable, mais amoureux ou encore ce poète qui est mort sur ce fauteuil de l'aéroport, précisément... Et il y a l'épilogue... inattendu, vraiment. Et étonnant. Un plaisir !

 

Le Japon n'existe peut-être pas, mais ce livre est bien réel : une grande dose de poésie simple, la magie de la parole et un soupçon d'humour, le tout servi par un jeune auteur talentueux et un traducteur, François Goudry, à saluer. Conte moderne pour 1000 et Une attentes dans un aéroport, où Shéhérazade a opté pour un balai afin de dissimuler son identité de princesse, Alberto Torres-Blandina nous sert là une véritable perle. Un vol sans escale pour un fabuleux non-voyage.

 

La compagnie est ravie que Métailié ait choisi de le publier...

 

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