Le jardin blanc : Virginia Woolf au coeur d'un polar

Cécile Pellerin - 05.11.2013

Livre - Virginia Woolf - livre - Angleterre


Stephanie Barron,  (ou Francine Mathews également) auteure de romans policiers, a pour habitude de construire ses intrigues autour de personnages littéraires célèbres. Ses précédentes enquêtes mettent en scène Jane Austen, notamment. Diplômée d'Histoire européenne,  autrefois employée à la CIA, ses romans se situent souvent en Angleterre.

 

« Le jardin blanc » dont l'action principale débute en 2008, s'accompagne en parallèle d'une histoire plus ancienne, tourmentée par la seconde guerre mondiale et située au cœur de l'Angleterre traditionnelle. Le roman explore, cette fois-ci, l'existence douloureuse de Virginia Woolf et les circonstances de sa mort tragique.

 

A partir d'éléments avérés mêlés à des faits imaginaires, l'auteure retrace les derniers jours de Virginia Woolf, s'intéresse à son amie intime, ex-compagne, Vita Sackville-West (inspiratrice d' «Orlando ») et à sa demeure personnelle, Sissinghurst ; réécrit l'histoire à partir de suppositions vraisemblables, immerge le lecteur au sein du Bloomsbury group, suscitant le besoin et l'envie de redécouvrir, à l'issue du roman, toutes ces figures intellectuelles et littéraires de la société londonienne du XXème siècle. Passé cet intérêt, le roman reste assez fade, dans son ensemble, constitué d'une intrigue policière et sentimentale contemporaine peu passionnante et très convenue, sans originalité ou presque.

 

Jo Bellamy, paysagiste américaine, arrive à Sissinghurst pour étudier le célèbre jardin blanc, conçu par Vita, sur les conseils de Virginia, afin de le reproduire dans la propriété d'un riche Américain, Gray Westlake, son commanditaire et amant (« ils partageaient une étincelle, un frisson de connivence sexuelle qui se passait de mots »). Le jour de son départ pour l'Angleterre, elle apprend le suicide de son grand-père Jock, lui-même employé dans ce jardin lorsqu'il était jeune.

 

Ce voyage va donc lui permettre aussi de partir à la recherche d'une histoire personnelle, de comprendre ce geste fatal et de découvrir en parallèle, alors qu'elle inspecte la remise à outils, un journal intime dont elle suppose qu'il aurait pu être écrit par Virginia Woolf. A partir de là, aidé par Peter, un expert de Sotheby's dont on devine dès les premières pages qu'il va la conquérir, elle va mener l'enquête, s'improviser détective, visiter de prestigieuses bibliothèques (Oxford, Cambridge) et plonger dans l'existence de Virginia Woolf et de ses proches.

 

L'objet de convoitise d'une valeur littéraire et financière inestimables, totalement imaginé par l'auteure permet à la fois une évocation très réaliste (sans doute bien documentée) de ce cercle d'Intellectuels anglais et favorise ensuite les nombreuses digressions et inventions plutôt crédibles autour de la date du suicide de Virginia Woolf. Le fictif se mélange à la réalité historique avec une certaine homogénéité et offre ainsi au roman, rythme et fluidité.

 

Seulement, l'intrigue policière et amoureuse qui mène le récit reste hélas assez plate et peu haletante. Les rebondissements sont rares et sans surprise et les personnages de fiction (non historiques) sont ternes et vraiment trop stéréotypés pour éveiller un quelconque attachement. Enfin le style, parfois familier (« encore en train de glander dans un café de merde » « en congé maladie, mon cul ») accompagne assez mal la qualité littéraire des personnages évoqués.  

 

C'est bien dommage car l'incursion d'écrivains célèbres au sein d'un roman policier avait de quoi séduire.