Le jeu du pendu, d'Aline Kiner : guerres et souvenirs

Clément Solym - 27.01.2011

Livre - lorraine - guerre - souvenirs


Simon Dreemer, Commandant de Police, a pris le train à Paris, Garde de l’Est, en direction du SRPJ de Metz. En fait, la dernière enquête qu’il a menée à Paris ne s’est pas très bien terminée et son hiérarchique a considéré qu’il était plus que souhaitable qu’il aille se mettre au vert en province, histoire de se calmer un peu après avoir pris trop à cœur une affaire qu’il avait menée à sa manière. Avec des méthodes et des mots un peu rudes.




 
Le baladeur sur les oreilles, il en profite pour découvrir un paysage inconnu et pour lire quelques gros titres du Républicain Lorrain qu’il a acheté dans un kiosque avant de partir.

À la Une, le journal titre sur les « Manifestations contre l’ennoyage ». Et au fil de l’article, Simon découvre un pays souterrain qui a protégé, tout au long des années d’exploitation, les galeries de ses mines en pompant des rivières d’eaux souterraines qui, maintenant, les opérations d’extraction stoppées et les pompes arrêtées, vont noyer les mines.

Mais l’eau est terrible ! Détruisant tout au fur et à mesure de sa reprise de possession des cavités abandonnées par les hommes, elle provoque des mouvements de terrain qui vont aller jusqu’à des affaissements de sols en surface avec toutes les conséquences possibles et imaginables pour les habitations. Un désastre programmé pour de nombreux petits villages. Un danger pour les habitants qui doivent vivre avec des crevasses affleurantes.

À son arrivée au SRPJ, Simon Dreemer n’a pas le temps de prendre ses marques : le Commissaire Kowalski l’embarque immédiatement pour rejoindre le théâtre d’un drame tout frais. Une jeune adolescente a été découverte morte dans une de ces crevasses, dans une mise ne scène macabre : une corde de chanvre était enroulée autour de son cou et entortillée tout autour de son corps.
 

En compagnie du lieutenant Jeanne Modover, Simon va donc participer à l’enquête. Dans ce petit village de Lorraine où restent encore vives les traces d’une histoire qui a vu la frontière se déplacer au gré des vieux conflits européens, des inimitiés sourdes et profondes se sont pareillement constituées à l’épreuve du « fond » !

ieille vengeance trouvant sa source dans les drames de l’épuration d’après-guerre ou dans les profondeurs rugueuses de la mine ? Jeanne et Simon vont devoir débroussailler un écheveau de ronces aux racines profondes.

Ce qui m’a d’abord attiré vers ce livre, c’est d’avoir entendu Aline KINER en parler dans une émission du soir de France Inter. Elle parlait avec chaleur du pays de son enfance, des drames vécus par ses anciens et dont elle ne considérait pas pouvoir témoigner à leur place. Mais il fallait qu’elle exprime ce désespoir d’un pays assommé par la fermeture progressive de l’activité qui le faisait vivre : les mines.

Et puis elle parlait aussi de cette terre qui s’effondre comme s’effondrait l’avenir de ceux à qui « La Mine » avait donné du travail éprouvant, puis vendu des maisons qui maintenant s’effondraient à leur tour du fait du travail de sape de l’eau dans les couloirs souterrains. Un effondrement don personne ne parle !

Un beau plaidoyer ! Un beau cadre pour un roman sombre.

Alors, comme Simon Dreemer, j’ai plongé dans cette histoire à la découverte d’un pays et d’une Histoire que je ne connaissais pas. Et je n’ai pas été déçu par un scénario où la mine et les passés des protagonistes se mêlent à l’infini.

L’écriture est agréable. Le suspense n’est pas mal tourné du tout. Les informations sont distillées au compte goutte et les fausses pistes sont légion. Les personnages sont consistants sans être disséqués. Toutes les Histoires sont impliquées : d’amour, de guerre, de religion, d’industrie...

Certainement, les puristes y trouveront à redire. Ce n’est pas mon cas : j’ai goûté avec plaisir un policier agréable et bien construit qui, s’attachant autant au contexte qu’à l’histoire elle-même, permet à Aline KINER de faire ce qu’elle disait, ne pas vouloir faire : témoigner.

Et même si je pense qu’il n’est pas possible d’être de toutes les révoltes, parce que je crois cependant qu’il ne faut pas les ignorer, je vous le conseille sans réserve.


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