Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le léopard, de Jo Nesbo

Clément Solym - 15.05.2011

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Ce livre est juste EPOUSTOUFLANT ! Il pèse près de 1 kilo, soit plus de 760 pages et s’il est mal aisé de l’emporter partout, il est pourtant bien difficile à lâcher.
Même si l’on est inconditionnel(le) de l’inspecteur Harry Hole depuis ses débuts, il faut avouer, cette fois-ci, que le plaisir de lire a été incommensurable, rarement atteint en matière de polar, à un niveau bien au-dessus de « Millénium », sans hésitation aucune. Chaque page se savoure, avec un étonnement incessant, des multiples rebondissements qui saisissent d’effroi et font s’exclamer maintes fois à haute voix, dans la surprise et la déroute.

On est littéralement ébahi et épaté par l’intrigue et la virtuosité de l’auteur. Un plaisir de lecture de bout en bout, sans relâche ; c’est assez rare. Autant le dire tout net : ce roman est magistral, sans doute le meilleur de Jo Nesbo à ce jour. Brillant et percutant. Un vrai coup de maître !

A LIRE ABSOLUMENT !

Et pourtant notre inspecteur, Harry Hole, ne va pas très fort. Depuis sa dernière enquête, très éprouvante (cf. Le Bonhomme de neige), il s’est réfugié à Hong-Kong, vit dans un endroit sordide, entre opium et Jim Beam, traqué par la mafia locale (les triades), miné par ses problèmes personnels et hanté par ses démons, désireux de se faire oublier par tous. Mais c’est sans compter sur Gunnar Hagen, chef de la brigade criminelle qui dépêche l’un de ses agents pour le retrouver et le ramener en Norvège. Mission accomplie : la belle Kaja Solness rentre avec lui à Oslo. Son père est au plus mal ; Hole doit rentrer.

 

 

 

Une série de meurtres violents secoue la capitale et Hole est chargé d’enquêter mais des querelles internes entre la Kripos (l’unité centrale d’Oslo) et la brigade criminelle l’oblige à travailler secrètement, aidé de deux co-équipiers : Kaja et Björn Holm car l’affaire a été confiée à l’ambitieux et véreux inspecteur principal de la Kripos, Bellman. Le trio fourmille de déductions captivantes, étonne par ses hypothèses et emmène le lecteur dans toutes les étapes de sa réflexion, le stimule avec énergie et le captive tout entier, sans répit. Il est complètement absorbé par l’intrigue, fasciné et s’engouffre alors avec aveuglement dans toutes les fausses pistes amorcées par l’auteur. La manipulation ne fait que commencer…

Et Hole continue de tenir la route malgré toutes les contrariétés et désagréments occasionnés par Bellman et ses acolytes, plutôt barbares. Et notre super héros, de trahison en déception garde la ligne et impressionne.

L’enquête va le conduire dans les montagnes norvégiennes, lui faire affronter puis vaincre une avalanche de manière incroyable, détaillée avec une précision quasi professionnelle qui force l’admiration , puis le dérouter jusqu’en Afrique noire (Congo et Rwanda), dans les rues sinistrées de Goma où la misère et la violence traduisent l’état d’horreur et de ruines dans lequel se trouve le pays, miné par des guerres civiles incessantes, où même les enfants sont armés et tuent sans état d’âme. L’ambiance est sordide, par moments insoutenable et d’un réalisme saisissant (la description infiniment précise et concrète de l’instrument de torture qui brise la mâchoire de Hole est abominable).

Nesbo semble, en effet, parfaitement maitriser les événements qu’il relate, donne ainsi une épaisseur hyper-réaliste au contenu de son roman, impressionnante et vraiment passionnante.
Il a l’art également d’alterner les scènes d’action, de réflexions, de dialogues et de pensées intérieures (notamment celles du meurtrier) sur un rythme qui ne s’essouffle jamais, même sur la longueur. De plus tous les personnages, même les plus secondaires ont une consistance, une réelle existence et participent à la toute puissance de l’histoire. Le lecteur est alors, forcément entraîné, intensément et n’a de cesse d’accompagner l’inspecteur jusqu’au bord du gouffre et de la folie.

La fin est à la hauteur de la traque, complexe et désespérée, ni totalement attendue ni complètement déconcertante mais éprouvante et crispante car elle ne règle pas tout. Si le héros s’en sort, la morale est loin d’être sauve et la justice, pas tout à fait à l’image que l’on pourrait s’en faire. Hole reste un homme déchiré et rude mais perspicace et redoutable, cynique et habile. Et jusqu’au bout. Impressionnant !

Traduit du norvégien par Alexis Fouillet