Le livre du graal (Tome III)

Clément Solym - 15.12.2009

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O Fortuna ! Eclatent les chœurs du premier mouvement de Carmina Burana. Galopent dans les prés d’herbe verte où fleurissent d’innombrables fleurs multicolores, de fiers palefrois blancs que chevauchent de magnifiques chevaliers brandissant haut, au bout de leurs lances, leurs oriflammes tout autant colorés et symboliques.

Dès que j’entends les premières notes de cette puissante cantate de Carl Orff, me sautent aux yeux les premières images d’Excalibur, le film non moins puissant de John Boorman (à mille lieues du Sacré Graal des Monty Pythons !!!!! qui a un autre charme). Et je plonge alors sans discernement dans la légende des Chevaliers de la Table Ronde, d’Arthur, Guenièvre et Lancelot.

Dès la parution du premier tome de ce recueil de textes anciens compilés par la Bibliothèque de la Pléiade sous le tire du Livre du Graal, je suis entré, de plein gré, dans l’envoûtement de ce roman, au cœur de cette Légende. J’ai dévoré ce premier pavé et suis resté haletant, trop longtemps à mon goût, jusqu’à la parution du deuxième qui m’a identiquement accaparé pour me laisser sur ma faim dans l’attente de la parution du troisième tome qui est enfin là.

Adoubement de Lancelot
Et c’est toujours la même magie qui opère dans cette suite de récits où s’égrènent les exploits de Lancelot, Arthur, Gauvain, Bohort, Guerreret, Agravain et tant d’autres dans leur quête du Saint Graal. De Joseph d’Arimatie (tome 1) à la mort d’Arthur (tome 3) en passant par l’histoire de Lancelot (tomes 2 et 3), c’est toute l’histoire du Graal qui défile sous nos yeux éberlués : « le grand cycle (…) le plus complexe qui soit » affirme La Pléiade dans l’Avertissement du premier tome. Si je n’ai aucune compétence qui me permettrait de juger de la pertinence de cette affirmation, je l’admets sans retenue ni réserve car tout m’y paraît magnifique.

D’abord, bien sûr, un livre de « La Pléiade » est un livre qui est plus qu’un livre. C’est au contact de ce type d’ouvrage que je m’enferme dans la conviction selon laquelle le livre électronique ne saura jamais supplanter l’édition papier. La relation charnelle prend là toute sa signification. C’est un écrin dans lequel ce conte prend encore une dimension supplémentaire. Ensuite c’est la forme du texte qui me séduit. Il semble parler de lui-même à la troisième personne quand il termine un épisode du récit et use d’une formule de transition magnifique indiquant que « le conte cesse de parler » de tel ou tel chevalier pour s’en retourner en un autre lieu et y suivre d’autres aventures, d’autres personnages.

Ainsi s’entend la parole du narrateur qui s’efface, qui ne fait que dire une histoire qui n’est pas la sienne, une histoire qui le dépasse et dont il n’est que le modeste rapporteur, donnant une profondeur supplémentaire au récit et induisant le caractère incontestable d’un conte dont la véracité de soufre aucune espèce de doute. Comment aurait bien pu être perçue autrement une telle histoire par les auditeurs du Moyen Âge ? Enfin, c’est l’ambiance qui me fascine. Une ambiance où la certitude de la vraisemblance ne semble pas quitter le conteur qui promène de forêts en montagnes, de plaines en châteaux, ces chevaliers, lesquels commencent souvent par jouter avant de se dire bonjour lorsqu’ils se croisent dans des circonstances souvent étonnantes.

Et pourtant, comment peuvent exister, quasi dans toutes les clairières, auprès de tous les ruisseaux, au beau milieu de toutes les forêts les plus profondes et les plus inhospitalières qui soient, tous ces pavillons où logent quelques chevaliers souvent belliqueux, parfois accompagnés de belles demoiselles, flanqués d’un inaltérable nain autant leur écuyer que leur souffre-douleur, toujours prêts à se lancer dans un combat pour des motifs (foi, amour, engagement, honneur, parole donnée…) ou des propos qui paraissent, à nos yeux dans ce début de XXIe siècle, tellement désuets, anodins, périmés, futiles ?!

Alienor et Henri II
Combats que précèdent ou terminent de plantureux repas dont on peine à imaginer l’origine alors que le héros semblait jusqu’alors être perdu dans ses pérégrinations erratiques, au milieu de nulle part !
Mais alors ; où sont passés, aujourd’hui, les ruines de tous ces châteaux (et qu’est-ce, en ces temps, qu’un château ?) qui se dressaient à seulement quelques heures de chevauchées les uns des autres, dans ces pays que sillonnaient infatigablement ces hommes entièrement voués à leur Quête, mais qui se perdaient quand même malgré ces nombreux points de repère ?

Mon questionnement est certainement naïf, mais c’est vrai qu’il y a là, pour moi, une étrangeté profonde, une sorte d’incompatibilité où l’histoire devient Conte alors que le conte était, jusque-là et sans conteste, l’Histoire. Cela n’enlève cependant rien à mon plaisir, car l’aventure est telle qu’elle fait totalement oublier cette anecdotique prise de recul passagère. Définitivement, j’adore : j’ai sauté à pieds joints dans la légende.

Et je suis totalement béat d’admiration devant le travail (colossal assurément) de recherche, de recoupement de textes, de traduction, de comparaison, de validation de sources… qui se cache derrière ce texte pourtant simple et sans grandes fioritures n’excluant cependant pas cette parole toujours grandiloquente, presque empesée, qui rythme tous les échanges des personnages. Arthur, Guenièvre, et Lancelot n’ont pas fini de me faire rêver !

Et si je peux me permettre un conseil, en cette période de fêtes programmées, voilà un bien beau cadeau potentiel. Évidemment, ça coûte un bras... mais c'est un BEAU cadeau...

 

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