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Le livre du roi : "le livre des Livres, le livre de l'Islande"

Cécile Pellerin - 22.10.2013

Livre - saga - patrimoine culturel - Islande


Et bien non ! Ce nouveau livre d'Indridason n'est pas une enquête du commissaire Erlendur, ni même un roman policier. Au risque de décevoir le lecteur, l'ouvrage a ainsi été publié en Islande en 2006, entre « Hiver arctique » et « Hypothermie ». Il n'est d'ailleurs pas traduit par Eric Boury, fidèle transmetteur de la voix du commissaire Erlendur.

 

C'est bien autre chose que l'éditeur nous propose aujourd'hui, une histoire peut être un peu moins universelle que celles racontées dans ses romans noirs, plus érudite, ancrée en profondeur dans la culture et l'histoire islandaises mais néanmoins intéressante, confirmant le talent romanesque de l'écrivain, quel que soit le genre auquel il se soumet, le temps d'une histoire.

 

Passé la complexité des noms islandais, difficiles à prononcer puis à retenir, c'est un vrai roman d'aventures et d'initiation auquel la lecture nous invite, situé au cœur d'un contexte historique assez sombre et pesant, celui de la période nazie.

 

C'est aussi une histoire de quête absolue, d'amour invétéré pour la Littérature et les livres, véritables trésors inestimables d'un patrimoine national à protéger, au péril même de sa vie. Une lutte redoutable, acharnée et puissante, valeureuse autour d'un livre plonge le lecteur dans l'admiration des deux combattants héroïques et exaltés, défenseurs sans limites de leur nation, sans d'autres intérêt que la préservation et la restitution des œuvres dérobées à leur pays, l'Islande.

 

Valdemar, jeune étudiant islandais « hors pair, excellent élément », passionné de littérature ancienne, rejoint Copenhague (« le centre de la culture et de la civilisation islandaises durant des siècles ») en 1955 pour poursuivre ses études sous la tutelle d'un professeur, spécialiste des sagas islandaises.

La rencontre est décevante ; le vieil homme, visiblement buveur régulier d'aquavit, bourru et impudent, inconsolable depuis la mort de sa femme, indifférent aux autres et grossier, tombé en disgrâce pendant la guerre, semble peu enclin à s'embarrasser d'un élève. « Je venais de rencontrer un mufle, un malpoli, un arrogant qui semblait n'avoir que du mépris pour ses étudiants ». Mais Valdemar est un étudiant exceptionnel, capable de lire sans difficulté les textes anciens manuscrits à l'écriture trop fine pour les yeux fatigués du professeur. Son ardeur à étudier, sa curiosité sans relâche séduisent le vieil érudit-enquêteur.

 

Le voilà promu disciple et lancé à la poursuite d'un ouvrage volé d'une valeur inestimable, symbole de leur nation : le livre du roi, « la plus ancienne source de la mythologie et de la poésie nordique ancienne, une œuvre d'art unique en son genre, un trésor artistique sans égal […] Pour les Islandais, c'est le Livre des Livres, le Livre de l'Islande. »

 

Ainsi, au péril de leur vie, les deux héros vont quitter Copenhague, se rendre en Allemagne puis à Amsterdam,  devoir affronter des Nazis aux pratiques violentes(la société secrète des Wagnérianistes qui utilise la culture nordique pour prouver la pureté de la race aryenne à partir de présupposés erronés), enquêter sans cesse, éviter les pièges,( la malédiction ?) pour tenter de reprendre le manuscrit volé et retrouver également le fascicule perdu lié au livre du roi.

 

Une quête mouvementée, trépidante, parfois douloureuse qui révèle un pan de l'histoire personnelle du professeur (la maladie de sa femme, son arrestation par la Gestapo), émancipe Valdemar et les confronte à la mort.

 

Le lecteur est emporté dans cette course folle, subit les revers mais se redresse avec les deux héros, salue leur engagement pur et leur courage, comprend leur ténacité, souhaite ardemment leur victoire. Finit par se passionner lui-même pour ces textes anciens islandais, dont il n'est pourtant pas très proche culturellement.

 

Certes, la quête particulière et très personnelle du professeur et de son disciple peut lui échapper à certains moments mais l'auteur la décrit avec une telle passion,  beaucoup de vraisemblance et un réel engagement qu'elle finit par devenir une cause entendue et légitime, sans réserves pour le lecteur étranger qui ne se contente plus alors de courtes notes en fin de livre sur l'Edda poétique et ses  « voyages » hors Islande, ses différents lieux de conservation, mais rêve déjà de se rendre lui-même à l'Institut Arni Magnusson de Reykjavik pour établir certainement qu'un tel livre vaut une telle aventure ! Et même un voyage…