Le Mur noir, de Carl-Henning Wijkmark

Clément Solym - 23.08.2011

Livre - absence - suede - retour


Une fin d’après-midi, un petit voilier aborde une plage déserte à l’extrémité méridionale de la Suède. Un homme relativement âgé en descend, tire l’embarcation sur la berge et, visiblement fatigué, s’étend pour un petit somme réparateur.

À son réveil, il entreprend de s’éloigner et, ce faisant, tombe nez à nez avec un vieil homme qui regarde la mer, assis sur son pliant.

Au milieu de cet isolement, ce dernier tente de nouer une conversation que le navigateur ne peut pas esquiver puis, de fil en aiguille, finit par lui présenter Paula, une artiste peintre qui a aussi une maison à proximité et, enfin, se présenter lui-même.

Au cours d’une conversation décousue, mais inquisitrice, Paula et Karlotto vont découvrir que Léon Kyllen arrive du Canada pour tenter de rétablir un peu de son arbre généalogique que son père, ancien attaché de l’Ambassade de Grèce en Suède n’a pas voulu lui dévoiler en détail, laissant planer quantités de zones d’ombre sur un passé qui l’a amené à être expulsé par les autorité suédoises pendant les années noires de la Seconde Guerre mondiale.

Léon, recueilli par une famille adoptive veut maintenant remonter son passé afin de découvrir si son père est réellement son père, l’identité de sa mère et surtout l’identité de celui ou de ceux qui auraient dénoncé son père putatif aux fins de provoquer son expulsion.

Accessoirement, Léon entend aussi reprendre contact avec son frère adoptif à qui il voue une haine tenace. Hasard des choses, il s’avère que ce dernier possède aussi une maison sur la côte à proximité de son lieu d’échouage et que, comble, Paula le connaît (bien ?).


Ce long roman nous entraîne donc à la suite d’un homme au passé qui émergera au fil des pages, dans une Suède à l’image étonnante.

Au fond, c’est surtout ce trait qui m’aura perturbé tout au long de cette lecture au demeurant agréable : l’image qui est renvoyée de la Suède est tellement décalée, tellement détonante par rapport à celle que j’ai en tête (omniprésence des mafias russes, déliquescence du pouvoir politique, système très policier à qui pourtant échappe le contrôle des côtes qui sont aux mains de pirates de l’Est qui rançonnent à tout va, etc., etc.…) que j’ai passé de longs moments à essayer de comprendre, sans y parvenir, le message sous-jacent.

Une fois passé cet écueil, il y a une quête familiale qui fait resurgir du passé amitiés et inimitiés, qui surfe sur la maladie laquelle remet en cause tant de certitudes et pondère les peurs à l’aune d’un autre système de référence, celui de la disparition inéluctable.


Carl-Hennig WIJKMARK dresse un tableau parfois pénible et toujours assez stressant de l’évolution d’une société où l’acceptation de l’autre (le grec, le frère adoptif, le lapon…) n’est qu’illusion bafouée à chaque instant, où l’apparence, le discours n’ont que peu de lien avec le moi profond et où, finalement, le délitement est partout.

Politique, amitié, maladie, passé ! Tels sont les maîtres mots qui ponctuent ce retour aux sources où, même le dévoilement progressif de la vérité a quand même un peu le goût de l’échec.

Un livre pesant, presque angoissant tant il conjugue au présent toutes sortes de délabrements qui menacent la société.



Traduit du suédois par Georges UEBERSCHLAG