Le nègre du président, de Daniel Carton

Clément Solym - 21.03.2011

Livre - suicide - professionnel - verite


Si l’on se targue de dénoncer, au moins faut-il le faire correctement. Ce qui est loin d’être le cas dans Le nègre du président, dernier « trésor » de Daniel Carton. Cet ancien journaliste du Monde et du Nouvel Observateur est célèbre pour ses essais politiques, dont, entre autres : Bien entendu c’est off : ce que les journalistes politiques ne racontent jamais (Albin Michel) ou encore : Une campagne off : chronique inédite de la course à l’Élysée (Albin Michel).

Dans ce roman, qui se revendique comme tel, insistant sur la fiction et d’ailleurs ne citant aucun nom, on retrouve ce style provocateur et critique. Toutefois, on est bien vite déçu de la portée finalement très faible d’une telle dénonciation.

Le nègre de Sarkozy, censé être homme de plume et d’érudition, a beau jeu de reprocher au président son élocution. Malheureusement, la sienne n’est guère plus élaborée. Sous prétexte de rompre la langue de bois, il réduit la langue française en copeaux : « Je m’en fous, je n’en ai rien à secouer. J’écris comme je veux. […] Ils m’ont traité de merde ! Alors, j’écris : merde ! »… Soit.

Donc, après avoir fustigé le président sur son vocabulaire limité et ses fautes de français, voilà qu’on prend le même ton, frôlant ─ non ─, s’enlisant complètement dans la vulgarité. Comme le dit Daniel Carton, il ne faut plus avoir peur d’appeler « une chatte une chatte ». Ainsi, on nous racontera sans broncher le « numéro de pute » des journalistes avides de scandales et celui du « Grand et de sa garce de bonne femme acariâtre », en parlant du couple Chirac.

Visiblement, s’il n’a pas peur des mots, Daniel Carton est aussi d’avis qu’il ne faut pas avoir peur d’en supprimer quelques-uns, dont les pronoms personnels, bien trop inutiles ! Pourquoi dire : « Je ne pensais pas » quand on peut dire tout simplement : « Pensais pas ». Et ça continue : « Sont jaloux ! Comprennent pas […]. Ont déjà parié […] ». D’autres fois, au contraire, l’auteur double le pronom sans raison apparente, ce qui donne des formules comme : « Les retraités […] ils ne supportent pas »…

Pire encore, des fautes de frappe et même d’orthographe. Ainsi, le cousin du narrateur est bien « mariée », quant à son amante, on ne saura jamais vraiment si elle s’appelle Adina ou Adena, puisque l’on passe de l’un à l’autre jusqu’au dénouement. Qui accuser ici, de l’éditeur ou de l’auteur ?

Enfin, on trouvera dans le roman trois ou quatre pseudo-références littéraires ou philosophiques, histoire de conférer un peu de crédibilité au personnage. Il faut rappeler ici que notre nègre présidentiel est censé être un intellectuel bourgeois (si, si !). Pourtant, même ces références sont plutôt hors sujet : parler de Rousseau parce que l’on a prononcé une fois le mot campagne, ce n’est pas exactement ce qu’on peut appeler une démonstration philosophique valable.

La trame fictionnelle ou le message politique auraient pu compenser ce manque de qualités littéraires. Oui, mais… non. Le narrateur se révèle être à peu près aussi sympathique que le président qu’il critique. On pourrait le plaindre s’il cessait d’attirer l’attention sur son incommensurable pénis et de nous confier des aveux poétiques, du genre : Quand tu es au palais, « tu exerces à plein ton droit de baiser et d’envoyer chier. Jouissif ! ».

Qui plus est, le narrateur dans la mise en abîme du rôle de l’auteur n’écrit pas ce livre pour des raisons politiques comme on pourrait le croire. Ce serait trop idéaliser le personnage ! Non, il écrit cette diatribe médiocre uniquement pour se venger d’une banale histoire de sexe. Exit le grand révolutionnaire, vous ne trouverez derrière ce nègre qu’un simple cocu aigri et jaloux.

D'ailleurs, on ne trouve guère de politique dans l’ouvrage. Des allusions au goût démesuré de notre président pour le pouvoir, pour l’argent, pour les femmes. Son mépris du peuple, des journalistes et finalement d’à peu près tout le monde. Certes, mais est-ce là une grande nouvelle ? Pas de secrets politiques ou de messages moraux. Non, juste des ragots de bas étage dans un style au ras du sol.

Jamais on n’a vu, jamais on ne verra un roman politique voler aussi bas !

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