Le Noël de Marguerite

Cécile Pellerin - 23.12.2014

Livre - vieillesse - solitude - Québec


Avec l'arrivée des fêtes, ce livre est une très belle opportunité. Extrêmement sensible et réaliste, il aborde Noël d'un point de vue inhabituel. Ni vraiment joyeux, ni  totalement triste non plus,  tout en nuances, il garantit, par sa lecture, un moment délicat et bien agréable qu'il vous faut saisir sans hésiter, même si quelques larmes discrètes pourront venir effleurer votre visage (avec bonheur).

 

Marguerite est une vieille dame, solitaire, qui depuis bien longtemps, a renoncé aux festivités de Noël. Ce n'est pas un parti pris ni une revendication anticonsumériste, non, c'est juste une lassitude. Elle n'a simplement plus envie.

 

Marguerite n'est pas seule non plus. Elle a une famille au sein de laquelle elle pourrait se rendre pour fêter Noël mais cela l'épuise. Avec l'âge, ses forces et son énergie déclinantes l'ont rendue malhabile, plus hésitante et inquiète et surtout lucide. Son corps se dégrade progressivement, inéluctablement et il n'y a rien à faire désormais. La vie suit son cours vers la mort. Des pas de plus en plus courts, de plus en plus rares : "elle a compris que son corps vieillit et qu'il ne la suit plus".

 

Résignée et prudente, elle ne sort plus, se fait livrer des plats, dispose d'une aide à domicile, reçoit ses enfants, écoute son médecin. Et regarde la télévision pour combler le vide autour d'elle et prendre conscience que la vie se poursuit, malgré elle.

 

 Marguerite est une vieille femme tranquille, soucieuse de ne pas déranger ni d'être dérangée d'ailleurs dans son existence monotone, sans surprise pour la contrarier ou la déstabiliser. Aussi lorsque l'on sonne à sa porte, le soir de Noël, l'anxiété l'envahit. Comment va-t-elle pouvoir aider cette famille en panne de voiture devant chez elle sans brusquer ses habitudes de vieille dame solitaire ?

 

Cette histoire n'a rien de magique mais vise le cœur. Brusquement, le lecteur pénètre dans l'intimité de Marguerite, ressent, comme s'il était à sa place, à la fois dans son corps et dans ses pensées, la douleur de vieillir, de perdre son autonomie, son engouement et sa raison de vivre. Il éprouve sa fatigue, son inquiétude, sa mélancolie, son aigreur aussi un peu, l'effort qu'elle doit fournir pour communiquer avec ces gens qu'elle ne connaît pas et qui sollicitent son aide et sa gentillesse.

 

Même si c'est Noël, vieillir semble un accommodement éprouvant mais, et ce livre nous convainc, il s'imprègne aussi de douceur et d'apaisement, de tendresse bouleversante, d'instants si intenses capables, de temps à autre, de dissiper les peurs, de dessiner des sourires, de faire du bien. Et d'inviter à continuer.

 

Une belle histoire issue d'une première collaboration particulièrement réussie pour India Desjardins (auteur de la série le Journal d'Aurélie Laflamme, parue chez Michel Lafon et adaptée au cinéma en 2010) et Pascal Blanchet, illustrateur autodidacte, visiblement  très doué pour saisir avec justesse, l'ordinaire qui nous façonne.