Le numéro 4 de Capharnaüm est sorti!

Les ensablés - 29.07.2013

Livre


capha-4Capharnaüm est la revue des éditions Finitude. J'en ai déjà parlé (cliquer ici) pour en louer le contenu. Ce numéro 4 ne faillit pas à la règle de l'excellence. Il rejoindra, sans aucun doute, votre bibliothèque. On y découvre le récit de la vie de Jean D'Halluin, personnage haut en couleur, qui créa après la guerre les éditions du Scorpion dont le succès fut quasi immédiat avec la publication de "J'irai cracher sur vos tombes" d'un certain Vernon Sullivan, alias Boris Vian. L'époque était à la littérature américaine et aux noms américanisés: on apprend ainsi que Queneau publia également chez Scorpion sous le nom de Sally Mara son roman "On est toujours trop bon avec les femmes." Jean D'Halluin aimait la vie et la littérature, ce qui, quoi qu'on en pense, va souvent ensemble. Pendant quelque temps, sa maison d'édition marcha fort: il put vive largement, généreux avec ses auteurs, jamais en panne d'idée... C'est lui qui invente "Le prix du Tabou", du nom de la boite célèbre de Saint-Germain, et dont la caractéristique est de ne récompenser que les auteurs publiés... dans sa maison d'édition: gros succès à l'époque!... Mais il lui manquait le sens de la comptabilité et de l'ordre: Scorpion périclitafaute de directeur f inancier valable. On suit dans le détail cette décadence, tout en ayant un aperçu de ce que fut la vie éditoriale de ce temps, la toute puissance de Gallimard, les conditions de publication, etc. C'est au Scorpion que le texte "La peau et les os" de Hyvernaud fut publié, témoignage saisissant de sa captivité en Allemagne et dont le succès fut malheureusement insuffisant. C'est Raymond Guérin qui recommanda le livre à D'Halluin. scorpionCapharnaüm a eu l'excellente idée d'exhumer sa correspondance avec D'Halluin qui publia "La main passe". L'amitié naquit de leur relations. Hélas, pas pour longtemps, pour des raisons d'argent, D'Halluin s'avérant incapable de payer ce qu'il devait à Guérin pour "La Tête vide". Les deux hommes étaient trop différents: l'un (Guérin) très raide, assureur de son état, à cheval sur les clauses des contrats d'édition; D'Halluin trop léger, insouciant, au risque de ne pas respecter ses engagements. Disons-le, Guérin que j'aime tant par ailleurs, ne sort pas grandi de cette correspondance, même s'il est parfaitement dans son droit. A D'Halluin qui lui annonce en des termes pathétiques qu'il ne pourra pas pour le moment lui adresser le chèque promis, l'auteur de "L'apprenti" répond par un message cassant, commençant par ces mots: Monsieur (...) puisque vous n'avez pas été fidèle à vos engagements, rompons donc d'un commun accord notre contrat et notre liberté. Dans ces conditions, je vous prie de me retourner par courrier sous pli mon manuscrit de "La tête vide." Aucune formule de politesse. Rupture définitive. On est très loin du ton amical de Guérin dans ses lettres adressées à Calet (publiées chez Dilettante) qui, pourtant, ne le ménage pas, refusant toujours ses invitations. Mais là, Guérin ne dit rien, il accepte, étant par ailleurs, très complexé dès lors qu'il s'agit de littérature. Comme on le verra, ces lettres n'ont rien de littéraire, mais elles donnent une idée de ce qu'est la partie "cuisine" du métier d'écrivain. Bonnes vacances en compagnie de Capharnaüm (les miennes s'achèvent ce soir...)! Hervé BEL