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Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie, de Virginie Grimaldi

La Licorne qui lit - 11.07.2017

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Croyez-le ou non, mais ma petite corne magique ne m’est d’aucun secours pour surmonter ce douloureux et vilain chagrin d’amour. Assise sur un cirrus floccus, sirotant mon verre de rosé pamplemousse, tout en pensant à mon taureau qui est reparti seul dans le sud-ouest*, j’énumère les techniques dont j’ai fait usage pour tenter de survivre à la pire épreuve que l’on pense endurer quand l’autre nous quitte.




 

L’autre qui a aimé, adoré, idolâtré... L’autre que l’on aime, adore et idolâtre, encore. Ces rires, ces souvenirs, ces promesses qui s’évanouissent à la seconde où il prononce la sentence irrévocable : j’ai bien réfléchi, nous ça ne va plus, nous c’est fini. Abus d’alcool, sport à outrance, inscription sur Tinder (Happn ou Bumble), nuits blanches de débauche, surconsommation de glace au caramel, crises de larmes expiatoires : j’ai tout essayé. 
 

Pauline, elle, décide d’écrire. D’écrire à cet autre, Ben, son mari, son ami, le père de son fils, qui un jour s’en va. Pour le faire revenir, Pauline tente, à travers ses mots posés sur le papier, de prouver à Ben que leur amour a existé et existe toujours. Virginie Grimaldi dans Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie part d’une situation presque ordinaire, une rupture. Mais au fond, une rupture n’a rien d’ordinaire. Non, une rupture, c’est le drame, le repli, la fin.

Une rupture, c’est l’absence, d’appétit, d’envie, d’espoir. Une rupture, c’est la carence de l’autre, de son odeur, de ses caresses, de sa voix. Le départ de l’être aimé génère un vide intergalactique qu’il faut combler sous peine de chute fatale. Le sevrage est long et les substituts semblent inefficaces, alors que tout nous rappelle celui avec qui l’on formait ce nous si parfait. 
 

En ma qualité de licorne, je suis supposée voir tout en rose. Je saisis ainsi mieux que quiconque l’acharnement de Pauline à croire à la perfection de son histoire. Elle dépeint dans ses missives une vie rêvée, une relation incassable, des décisions prises à deux, des obstacles franchis en tandem. Pauline ne comprend pas ; Ben reviendra, pour elle, pour Jules, pour leur famille. Dans cet interstice douloureux de privation et de solitude, elle n’a d’autre choix que de se rapprocher de ceux qu’elle a quelque peu oubliés ou délaissés.
 

Hormis les mouches, nul ne possède une vision à 360 degrés


Une mère distante et culpabilisatrice, un père effacé qu’elle soupçonne d’avoir replongé dans l’alcool, une sœur parfaite qui étale ses succès, un frère complice qui n’assume pas son homosexualité. Ajoutons les deux grands-mères, mamie revêche versus mamie gâteau. Réuni pour les vacances d’été dans la maison de leur enfance, ce petit monde se juge, se critique, se blesse et se pardonne. Pauline réapprend peu à peu à sourire. Ben reste pourtant sa priorité. Et c’est là qu’il décide lui aussi d’écrire à Pauline, afin de lui offrir « sa » version de l’histoire.
 

La première de couverture estivale pourrait laisser penser que le roman appartient à cette mouvance feel-good books destinés à être lus sur la plage entre baignades, apéros et mots croisés, ce que j’ai partiellement fait, soyons honnêtes. Les réponses de Ben à Pauline apportent à la deuxième partie du livre une profondeur émotionnelle et instillent un rééquilibrage des points de vue. Dès lors, je n’ai plus bougé de mon transat-nuage. Avec simplicité et sincérité, l’auteure nous rappelle que chacun crée sa propre réalité.



 


Nous interprétons le monde avec nos prismes et les outils que nous forgeons au gré de nos expériences. Nous travestissons, nous biaisons, nous enfouissons, nous omettons. Cloisonnés dans notre petite boîte, dont on ne connaît pas tous les recoins, il nous est d’autant plus difficile de faire l’effort d’aller découvrir la boîte des autres. Un petit coup de pouce est parfois nécessaire pour accéder à de nouvelles clefs de lecture… Merci, Sigmund, merci, Carl Gustav d’avoir ouvert les portes de la psychè. 
 

Grâce aux lettres de Ben, aux questions de son fils et à ce séjour mouvementé auprès des siens, Pauline se retrouve involontairement sous une pluie battante, qui efface peu à peu les couleurs de l’avant et fait réapparaître les blessures mal cicatrisées. Le ciel n’était pas totalement bleu, mais, en affrontant l’orage sans parapluie, Pauline finira par entrevoir l’arc-en-ciel. Parole de licorne. 
 

[Extraits] Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi


Il n’y a pas de méthode pour oublier un amour, et n’est-il pas mieux, d’ailleurs, de ne jamais l’oublier ? Coïncidence ou hasard, je viens de croiser un ancien amoureux, lequel gardera toujours une place dans mon cœur. Il y a longtemps, nous avons été un nous, et ce nous ne disparaîtra pas. Le droit à être heureux n’est pas prescriptible, aucun quota, ni nombre limité de parts de bonheur. Pour avancer, il nous faut juste, de temps à autre, renverser certaines de nos certitudes.
 

Alors, filez à la playa, dénichez un hamac confortable sous un grand pin parasol et lisez ce joli livre.

Sur ce, je décolle pour Israël. Un médecin, un accident, un chantage et un choc des cultures. Je vous raconte tout, tout bientôt. Belle journée à vous…
 

*Cf Chronique 1…



Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie – Virginie GrimaldiEditions Fayard – 9782213704739 - 19€