Le peigne de Cléopâtre : une amitié sans limites

Cécile Pellerin - 29.11.2013

Livre - amitié - Suède - enfance


Le 3ème roman traduit en français de Maria Ernestam s'inscrit dans la même veine que les précédents (« Toujours avec toi » et « Les oreilles de Buster »). Drôle, doux-amer, sensible et parfois terrible et très noir, il apporte au lecteur une grande distraction, des rebondissements assez curieux et inattendus mais l'incite également à la réflexion, à s'interroger sur des problèmes de société, comme l'euthanasie, la violence conjugale, la souffrance psychique, les relations familiales ou la prise en charge d'une population vieillissante. Intelligent, subtil et corrosif, il étonne, titille et interpelle sans ennui. Une aubaine !

 

Volontairement ambigu, il déroute et surprend, attire cependant le lecteur vers l'inattendu, le malmène un peu mais sans excès, lui garantissant chaque fois, humour et émotion, plaisir et affection. Une histoire d'amitié sympathique, hors du commun et intrépide, séduisante malgré ses côtés tragiques, désirable même par son intensité affective et  sa sincérité absolue.

 

Ah ! Qu'il est doux d'avoir des amis.

 

Anna, Mari et Fredrik forment un trio d'amis assez inséparables. Ensemble,  après quelques déboires personnels, ils décident de créer une petite entreprise de services, « Le peigne de Cléopâtre ».  « Une entreprise qui résout les problèmes des gens. C'est aussi simpliste que génial. »

 

Une affaire en tous genres, destinée à rendre service aux gens dans tous les domaines où ils sont experts. De la cuisine au jardinage, au montage de meubles, en passant par le conseil juridique, cette petite société semble promise à un bel avenir, solidaire et proche des habitants du quartier. Jusqu'au jour où une demande plutôt singulière vient bouleverser leur quotidien et remettre en cause leur existence propre. Une femme, victime de violences conjugales, leur demande, moyennant une forte somme d'argent, d'éliminer son ignoble mari…

 

Sans révéler la décision qu'ils vont prendre ni  la suite des événements qui vont s'enchaîner avec un certain suspense vraiment plaisant, tantôt de façon burlesque, tantôt de manière tragi-comique, grinçante et même  parfois violente et troublante ; cette demande va entraîner chez les trois personnages, une introspection profonde et leur permettre, chacun à tour de rôle,  de revisiter une enfance perturbée, d'exprimer de nombreuses souffrances et fragilités, invisibles en surface mais fondatrices de leur personnalité actuelle.

 

Une histoire commune qui se scinde en histoires personnelles sensibles et fragiles, très attachantes, racontées en alternance au fil des chapitres, souvent douloureuses et qui emmènent le lecteur d'Irlande à Amsterdam, jusqu'à l'extrême nord de la Suède, sans  le prévenir au préalable du chemin torturé et semé d'embûches qu'il va devoir progressivement emprunter avec les trois personnages  (même si l'auteur veille à lui faire garder le sourire) pour les laisser atteindre, au final l'apaisement salvateur et une certaine sérénité. « Faites ce qui vous tient à cœur et ne laissez jamais personne prétendre que vous ne valez rien. »

 

Des vies qui basculent, partent à vau l'eau que le lecteur voudrait tant soulager à mesure qu'il les découvre, les ressent intimement, tel un ami proche. Le talent de Maria Ernestam :  savoir surprendre en permanence le lecteur mais en toute amitié, sans jamais s'en moquer. Dans le plus grand respect.