Le père et l'étranger, de Giancarlo De Cataldo

Clément Solym - 19.05.2011

Livre - cataldo - pere - etranger


Pour Diego, vivre avec un enfant lourdement handicapé est une autre vie, proche de la mort. « Il aurait pu dire de lui-même qu’après la naissance de son fils, il était mort de l’intérieur ». Aussi lorsqu’il rencontre Walid, au centre hospitalier où son fils reçoit des soins, sa vie s’éveille brusquement. Il peut échanger, parler de sa douleur avec franchise. Bientôt ces rencontres régulières avec le père du « petit monstre » deviennent un rendez-vous attendu et bienfaisant.

Une amitié entre deux êtres que tout sépare, mais que relie un fils handicapé. Diego a l’impression de reprendre goût à la vie, change son regard sur son fils, apprend à communiquer avec lui et le poids à porter semble s’alléger. « C’est à nous de pousser le monde vers eux. On doit apprendre à raisonner différemment. Autrement, la douleur nous tuera ».

Walid est un être chaleureux, ouvert, charismatique qui lui porte attention, le comprend. Diego, plus en retrait, disponible aussi pour écouter la souffrance de Walid. L’harmonie des deux hommes est puissante, lumineuse dans la tragédie qu’ils traversent tous les deux, comme une compensation vitale à la douleur quotidienne qu’ils endurent. « Leurs rencontres du samedi étaient devenues une habitude à laquelle dorénavant aucun d’eux n’aurait renoncé ».

Aussi lorsque Walid disparaît brusquement sans prévenir, Diego perd pied, voit son existence s’effondrer. Cet homme était devenu le fil ténu, mais indispensable qui le maintenait en alerte, donnait du sens à sa vie. « Il maudit Walid dont le départ l’avait jeté dans une solitude bien plus insupportable que l’ancienne ».

Sur fond d’intrigue politico-policière, Diego part à la recherche de son ami, n’a de cesse de le chercher, malgré les mises en garde des services secrets. Sa quête est désespérée ; au-delà de la raison, de la peur, il s’engouffre dans un milieu louche, bien loin de son quotidien, mais ne lâche pas. Il est prêt à risquer sa vie pour retrouver cet homme dont l’amitié lui a redonné une existence, un sentiment d’être, une dignité, un éclat dont il s’était défait à la naissance de son fils. Et ce sentiment est devenu essentiel.

 

Plus que le suspense et l’enquête, finalement ténus, posés là comme un prétexte, le roman touche par sa faculté à aborder des thèmes sensibles sans excès de pathos. Avec beaucoup de délicatesse et une grande sincérité, il exprime la difficulté d’être père d’un enfant handicapé. Il dit avec force et intimité la douleur, la souffrance, le sentiment d’impuissance, la culpabilité qui nous étreignent face à l’infirmité, la différence.

Une lecture dont on s’imprègne facilement, grâce à une écriture sensible, un style concis, sans fard qui touche au cœur… d’un coup direct !

Traduit par Gisele Toulousan de Italien