Le petit Bala : Oedipe en forêt, universelle solitude

Auteur invité - 30.04.2018

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Depuis la mort brutale de son père, convaincu qu’il s’agit d’un meurtre et qu’il connaît l’identité de son assassin, Le petit Bala consacre son temps à fantasmer sa vengeance. Reprenant le sujet d’une ancienne chanson balkanique Ridvan Dibra lui donne des couleurs littéraires, en signant un conte des plus émouvants.

 


 

Alléché par la 4ème de couverture, le livre en main, on cherche d’autres repères. Wiki nous en donne au superlatif : Ridvan Dibra est considéré comme l'un des cinq plus grands écrivains albanais vivants, avec Ismail Kadare, Rexhep Qosja, Bashkim Shehu et Fatos Kongoli, et La légende de la solitude a été élu «meilleur roman » en 2012.

 

Avec ça, déjà, la barre est mise très haut et on se plonge dans la lecture de ce conte avec fébrilité. Car il s’agit plutôt d’un conte travesti en roman.

 

Le héros principal est, bien sûr, le petit Bala ; c’est à travers ses yeux qu’on voit tout ce qui se trame dans son monde réduit à l’essentiel, c’est-à-dire à presque rien : la présence de la mère, du voisin et de ses collègues est moins importante que celle du père absent qui régit son existence. 

 

C’est à travers les yeux de Bala qu’on voit de moins en moins bien le sens de la vie, qu’on voit d’un œil perplexe la méchanceté, la cruauté des humains. Partagé entre l’humanité et la forêt, Bala se retire, petit à petit, dans cette dernière. 

 

C’est dans l’antre de la forêt qu’il se reconstruit, qu’il retrouve ses esprits, qu’il se réconcilie un peu avec la vie. Bala respire comme un animal chassé par ses congénères ; c’est un enfant doué d’une extrême sensibilité, un enfant qui dessine son destin avec l’intensité d’un jeune dieu des ténèbres. 

 

Il y a plusieurs thèmes dans cette histoire dont le curseur temporel va et vient de la préadolescence à la maturité : le manque d’amour parental, la vengeance, la solitude, les premiers bourgeons de l’amour… 

 

Et il y a l’écriture de Ridvan Dibra, belle et interactive (interpellant le lecteur), qui se marie poétiquement à ces sujets : des chapitres courts et des phrases simples, syncopées, des idées qui reviennent comme les refrains d’une chanson, des titres et des fins de chapitre qui résument, en quelques mots, ce qui s’y passe, comme dans les contes d’autrefois. La traduction restitue avec soin ces spécificités et les rend naturelles.

 

Délaissé, rejeté, abandonné, le petit Bala nous fait penser aux jumeaux de «Le Grand Cahier» d’Agota Kristof, à «La vie devant soi» d’Émile Ajar, au folklore des contes orientaux, à la musique personnelle qui joue dans nos têtes sans que personne l’entende, aux parias que nous sommes, poussés vers la sortie par les autres, sur un coup du sort ou un plan pervers.

 

Bref, nous reconnaissons l’air du petit Bala, sans l’avoir entendu. Comme dans tout ce qui est universel.

 

Le chant du cygne n’a pas besoin d’une portée pour se faire entendre. 

 

Radu Bata

 

Ridvan Dibra, trad. de l’albanais par Evelyne Noygues - Le Petit Bala / La légende de la solitude - Editions Le Ver à Soie - 9791092364293 - 15 €
 


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