Le Petit Nicolas, Le ballon et autres histoires inédites, Goscinny et Sempé

Clément Solym - 05.03.2009

Livre - Petit - Nicolas - ballon


Dès aujourd'hui, vous allez trouver un peu partout dans les librairies, ce recueil inédit d'histoires encore jamais parues, racontant encore et toujours les aventures d'Eudes, Alceste, Clotaire, Maixent, Joachim, Rufus (et je sens que j'en oublie un ou deux...), tous ayant un point commun : ils appartiennent à l'univers du petit Nicolas.
 

Autant les aventures de Martine déclinées à travers divers écosystèmes et géolocalisation m'ont assuré, plus jeune, que les filles, c'étaient toutes des cheyennes, autant le Petit Nicolas fut une invitation à grandir, tant j'ai souffert de partager son prénom, et l'épithète qui s'y raccordait, sans m'amuser autant dans la cour de récréation. Autrement dit, je lui en voulais à mort. Si. Na !

 

Comment accepter de le voir rejaillir dans ma vie, drainant son charme désuet, dans des récits qui sentent tout à la fois la fleur d'oranger des crêpes de mon enfance, mais en même temps ont quelques relents de naphtaline et de vieux bouquins ? Tout d'abord, le format adopté est plutôt large, et trompeur, puisque l'on avale les dix récits en l'espace d'une heure et demie (en prenant le temps d'un café).

 

Au-delà, on redécouvre un univers qui n'a pas changé. Durant mes vacances, aux alentours de Montpellier, la maison de famille avait un lieu secret et caché dans lequel je replongeais toujours avec joie : son grenier. Oui, quelques toiles d'araignées s'étaient ajoutées à une collection déjà importante, peut-être même arrivait-on que l'on découvrit une tuile fendue. Mais quel plaisir infini d'ouvrir les placards dans lesquels avaient été rangés les jouets, les cahiers de classe, les livres et même les bandes dessinées que mon père y avait laissés, quinze ou vingt ans plus tôt.

 

Dans le Petit Nicolas, on ne parle pas de PlayStation 3, ni d'internet ; seuls les parents de Clothaire ont la télé, quoi qu’elle hypnotise déjà ; on ressent une vie simple, presque plus facile, loin du stress, comme un âge d'or, qui n'est pas que celui de l'enfance... Effectivement, les préoccupations sont celles d'enfants de 9 ou 10 ans tout au plus, et quand ils décident de monter un cirque pour gagner de l'argent, leur principale inquiétude est de s'assurer qu'ils pourront vendre des cacahuètes.

 

Quelque chose de nouveau s'est tout de même glissé dans cette édition : les aquarelles. Au dessin en noir et blanc ont succédé des couleurs, qui donnent une nouveauté étonnante, une sorte de rafraîchissement inattendu. Une seule illustration rate un peu son effet d'ailleurs, dommage, puisqu'à la description d'un costume bleu marine, fait suite une aquarelle d'un complet... gris. Bon, cela ne choque pas non plus : on le regrette juste. On ne retrouvera peut-être pas tout à fait l'espièglerie des dessins d'antan...

 

Alors bien sûr, ces histoires inédites, c'est un retour en enfance, pour celles et ceux qui ont grandi (quelles qu'en furent leurs frustrations) accompagnés pas la lecture du Petit Nicolas. Et aujourd'hui, ces enfants qui sont devenus grands auront le goût nostalgique, comme lorsque l'on relit un livre laissé durant des années. Les enfants à qui nous avons pu lire ces histoires (deux petits garçons de 9 et12 ans...) restèrent béats : on leur parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent même pas imaginer. D'une sorte de quiétude et d'innocence aujourd'hui sinon disparue, du moins introuvable, estiment-ils. Et même une langue qu'ils ne comprendraient presque pas...

 

De toute façon, les jeunes, ça ne respecte rien... Alors, autant se réserver le plaisir égoïste d'adulte de redécouvrir ces aventures. Après tout, ils ont bien le temps d'apprendre la nostalgie et le temps qui passe et nous d'apprendre à les savourer.