Le Petit Prince de Mark Osborne : une histoire dans l'histoire

Julie Torterolo - 23.07.2015

Livre - Le Petit Prince - Mark Osborne - Film


« Dessine-moi un mouton », une réplique qui résonne en chacun de nous. Souvent imposé à l’école ou savouré par plaisir (ou, avouons-le, par recherche de culture littéraire), Le Petit Prince de Saint-Exupéry est à ce jour un des livres les plus lus dans le monde. Traduit dans 256 langues et vendu à plus de 145 millions exemplaires, sa notoriété lui valu, assez logiquement, nombreuses adaptations. À la demande des ayants droit de l’auteur, c’est cette fois-ci Mark Osborne, bien connu pour sa réalisation de Kung Fu Panda, qui releva le défi avec un concept ingénieux : croiser deux récits et deux esthétiques.

 

 

 

Une histoire dans une histoire, un monde dans autre monde, et pour bien démarquer le tout, deux techniques de réalisation différentes. 

 

Une petite fille brune aux yeux noisette, accompagnée de sa mère, au physique identique avec quelques années supplémentaires, apparaît en infographie 3D. Nous voilà plongés dans le « monde contemporain », un univers où tout le monde travaille, un monde sans insouciance : le monde des adultes en somme.

 

La petite fille, sans prénom apparent, voit alors tout son cher été planifié dans un grand tableau : le plan de  sa vie, comme aime l’appeler sa mère. Cette dernière n’a qu’une seule idée en tête : que sa fille soit admise et réussisse à la prestigieuse Académie verte. C’était sans compter l’apparition de son voisin, aussi farfelu qu’intrépide : l’aviateur.

 

Quel est le rapport avec le Petit Prince ? Nous y voilà. La petite fille, seule face à ses tas de livres, voit ses vacances, voire sa vie, chamboulées par sa rencontre avec l’aviateur. Pour la dérider, la faire rêver, ce personnage extravagant commence à lui raconter, une « histoire que personne ne comprenait auparavant » : celle d’un petit prince qui vit sur l’astéroïde B 612. 

 

Sur l’écran noir, un nouvel univers apparaît, la stop-motion prend place. Avec une impression de papier maché, le Petit Prince, au design quasi-identique que la version originelle, revit toutes les péripéties du livre. 

 

 

 

Des interludes entre ces deux mondes s'enchaînent. La petite fille, sans réel ami jusqu’ici, se prend de passion pour ce petit prince, raconté par son voisin devenu son seul ami. Elle a d’ailleurs comme compagnon de route : un renard en peluche « apprivoisé » bien entendu. ( Presque) toute l’histoire du Petit Prince défile alors sous nos yeux. Le Roi, le vaniteux, le businessman prennent place au fur et à mesure que les minutes avancent. 

 

Avec toute la poésie et les métaphores, qu’on connaît à Saint-Exupéry, le film permet aux enfants de (re) découvrir l’ouvrage et tous ses messages. « L’essentiel est invisible pour les yeux », une des morales de l’ouvrage est susurrée aux spectateurs à plusieurs reprises. 

 

Au-delà de deux esthétiques, le film apporte un nouvel angle au Petit Prince : la modernité. Durant la dernière moitié de l’œuvre, la petite fille part en effet à l’aventure, à la recherche du Petit Prince. On se retrouve dès lors plongé dans un troisième univers où, à notre grande surprise, le Petit Prince est désormais adulte. 

 

Un grand blond, frêle, maladroit, avec pour métier le ramonage, apparaît. Le tout dans un monde sombre, sans étoiles où l’enfance n’existe pas, tout comme le loisir. À sa tête, le buinessman. On comprend très vite que le réalisateur a voulu placer le personnage de Saint-Exupéry dans notre monde actuel. Une véritable course à l’enfance défile sous nos yeux. Une touche contemporaine qui bien souvent provoque le rire des tout petits par les maladresses et les aventures du Petit Prince et de la petite fille. 

 

 

 

Une injection de modernité dont on peut néanmoins se demander si elle a un réel apport pour l’œuvre. Le premier monde, en 3D, composé de ses maisons identiques, ses rues carrées et ses adultes obsédés par le travail (comme le résume très bien le personnage de la mère), aurait pu suffire à cette quête d’actualisation. 

 

Ceci étant, cette nouvelle adaptation remet joliment au goût du jour Le Petit Prince avec des techniques de réalisation particulièrement réussies. Le film ancré d’une poésie et d’une douceur permet de changer des nombreux dessins animés ancrés sans cesse dans une quête de l’aventure, de la vitesse et des gags. 

 

Avec son assemblage atypique de deux univers, le film apporte ainsi bel et bien la possibilité à toute personne ayant déjà lu le livre de redécouvrir avec douceur l’œuvre de Saint Exupéry. 

 

Avec un coût de 57 millions $, une distribution vocale de premier ordre (Florence Foresti, Guillaume Gallienne, Vincent Cassel, Marion Cotillard, André Dussolier et Vincent Lindon, excusez du peu), le film s'écorche tout de même les genoux en chutant à plusieurs reprises. Pourtant, y'avait-il réellement nécessité à remettre au goût du jour le Petit Prince, classique de la littérature qui est encore loin d’être démodé ou vieillissant ? La réponse, comme il se doit, « est invisible pour les yeux ». 

 

En attendant, sa sortie officielle le 29 juillet prochain, la bande-annonce : 

 


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782070408504

Le petit prince

de Antoine de Saint-Exupéry

" J'ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu'à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s'était cassé dans mon moteur. Et comme je n'avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais à peine de l'eau à boire pour huit jours.Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J'étais bien plus isolé qu'un

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