Le plagiat par anticipation, Pierre Bayard

Clément Solym - 22.01.2009

Livre - plagiat - anticipation - Pierre


Certaines notions littéraires essentielles échappent pourtant aux théoriciens, chercheurs et autres enseignants. Il est de bon goût qu'on leur pointe des aspects de l'histoire de la littérature sans lesquels l'étudiant en lettres passerait à côté d'une nouvelle raison de s'émouvoir. Et de se marrer un peu...

Pierre Bayard, reprenant à son compte une découverte de l'Oulipo, énoncée clairement par François Le Lionnais, entend montrer que le plagiat n'est pas simplement la reprise a posteriori du travail d'autrui. Car le plus ravageur de tous les crimes dans les Lettres n'est pas celui qu'on croit : le plagiat prémédité et organisé avec parfois deux siècles, ou bien plus, d'avance ne saurait rester impuni.

Ainsi, il fallait qu'on pointât les emprunts que Voltaire fit à Sir Arthur Conan Doyle. Car Zadig, si prompt à raisonner et à déduire sur la chienne de la reine n'a finalement fait que volé le travail déductif et le raisonnement analytique... de Sherlock Holmes ! Eh oui, tout de même... Le détective si efficace, qui rassemble les indices et les organise autour d'une logique méticuleuse, voilà bien que Voltaire l'avait plagié plus d'un siècle avant !

Pour Pierre Bayard, ce « plagiat par anticipation » s'articule autour de quatre points : la ressemblance et l'aspect dissimulé de l'acte, qui sont communs au plagiat classique. Mais par anticipation, on entend également un bouleversement de l'ordre classique de ce procédé. Et si l'on parvient à le relever, c'est qu'on découvre enfin une dissonance, qui fait que le morceau soupçonné ne semble pas réellement à sa place.

Brillant. Mais Pierre Bayard ne plagie-t-il pas les Oulipiens de la sorte ? Nullement, puisqu'il s'en revendique et ne dissimule rien.

Ce qui ne sera pas le cas, par exemple du philosophe grec Zenon, qui, avec son paradoxe d'Achille et de la flèche plonge dans ce qu'un romancier moderne avait, bien après lui, et pourtant bien avant, mis en place et c'est Kafka ! Le philosophe Kerkeggard n'est pas en reste et lui même a par avance pillé l'oeuvre kafkaïenne, sans remords aucun.

Et que dire de Victor Tausk, qui lui, élève de Freud, plagia les idées du maître, en achevant ses réflexions avant même qu'elles ne soient totalement concrétisées ou alors qu'elles avaient été énoncées, mais pas encore abouties ? Quelle honte ! Heuresement que la postérité a rendu raison à ces hommes...

Ce plagiat par anticipation, c'est tout simplement « subtiliser à des écrivains futurs, un certain nombre d'éléments manquants de leur univers littéraire et les faire participer discrètement au leur ». Mais la postérité révélera toujours le texte majeur, qui montre la tromperie du plagiaire.

Qui portera plainte contre ces morts qui ont habilement parfois profité du travail réalisé par d'autres, bien des années après leur mort ? Encore que la plus grande question restera la suivante : à qui profite alors le crime ? Probablement à l'auteur de ce livre.

Fou rire garanti, voilà bien la petite perle pour futurs Agrégés et Capétiens, étudiants en lettres divers et variés, amoureux de la littérature et férus de livres improbables.


Retrouvez Le plagiat par anticipation, sur Place des libraires




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.