Le poids du papillon, E. de Lucca

Clément Solym - 03.08.2011

Livre - poids - papillon - erri


Entre balade poétique, véritable ode à la Nature et conte philosophique, ce court texte d’Erri de Lucca impressionne.

Concis dans sa forme, il déborde pourtant de sensations multiples que l’on savoure à travers une langue superbe et lumineuse. Une harmonie parfaite entre les mots et l’histoire qui décuple l’envie de lire puis de relire à l’infini, pour finalement s’imprégner d’un bonheur pur. Où comment un texte peut séduire sans effets ni artifice parce qu’il est simplement beau.

Un chamois, chef de harde depuis de nombreuses années, puissant, règne là-haut dans les Dolomites. Mais le temps est venu d’abandonner sa charge de roi. Celui qui a tout vaincu, même les aigles, celui qui a su échapper aux fusils de l’homme va mourir, il le sent. Mais sa dernière saison doit lui permettre d’accomplir encore une chose : triompher de l’homme qui a tué sa mère.

En contrebas, il y l’homme justement, terriblement fort, le chasseur-braconnier, le maître, « le roi des chamois ». Il est seul et sent aussi la mort venir. Ce qu’il souhaite comme ultime combat c’est affronter le roi une dernière fois et le vaincre.

La rencontre aura lieu. Dans une nature sublime, en novembre, deux êtres vivants évoquent le lieu qui les a façonnés entre « les pierres pointues », « les rochers suspendus » « les pins mugho » et « les sentiers invisibles » ; c’est tout ce territoire qu’ils dominent. Révolutionnaire déçu ou roi des chamois, ils se confondent dans cet espace, respirent le même air, et « flairent » le même horizon.

Le respect de la nature, le désir presque charnel qui les unit à la montagne affleurent chaque page, « il frotta sa main sur un mélèze, non pas pour effacer mais pour conserver le contact sous résine ». La solitude, parfois cruelle, qui les accompagne a su forger et endurcir leurs caractères : « il grandit sans frein ni compagnie », « bête solitaire », « il disparaîtrait, caché dans un trou pour mourir » et le vieillissement qui précède la mort est accepté, préparé, harmonieux.

« Sa vie au gré des saisons était allée avec le monde. Il l’avait gagnée tant de fois, mais elle ne lui appartenait pas. Il fallait la rendre, froissée après avoir été utilisée […] Le roi des chamois sut brusquement que c’était le jour. Les animaux savent le temps à temps, quand il est utile de le savoir. »

Tel un long poème, on souhaiterait pouvoir retenir chaque phrase du texte, se les rappeler dans les moments de doute et de crainte, entendre leur douce musicalité apaisante, ressentir le souffle du vent, les parfums d’amande… Un livre qu’on ne range pas, qu’il faut garder à portée de main. Nécessaire et remarquable.

(Traduit par Daniele Valin de Italien)

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