Le poison d'amour : bande de filles

Cécile Pellerin - 08.12.2014

Livre - adolescence - amour - journal intime


Second volet d'un diptyque sur la passion, initié par L'élixir d'amour (mai 2014), cet ouvrage, par son histoire, est indépendant du premier et raconte, sous forme épistolaire, un épisode tragique survenu à quatre adolescentes lycéennes dans une classe de première.

 

Bref et fluide, sans grande profondeur mais d'une tonalité plutôt proche du public qu'il met en scène, ce roman, dans son ensemble, ne séduit pas vraiment, ni par son intrigue ni par sa qualité littéraire. Loin d'être incontournable, il esquisse cependant les contours d'une jeunesse féminine contemporaine, met en scène  leurs problèmes, rivalités, inquiétudes et désirs, au cœur de familles  souvent recomposées mais d'une façon trop sommaire et furtive pour interpeller le lecteur, créer l'émotion et convaincre entièrement.

Reste alors une lecture sans effort, alerte et rythmée, sans doute futile mais garante du succès populaire incontestable d'Eric-Emmanuel Schmitt.

 

"Qui suis-je ? Pourquoi vivre ? Où vais-je ? Comment les gens me perçoivent-ils ?

 

Julia, Anouchka, Colombe et Raphaëlle forment une bande de filles très actuelle, préoccupées presque exclusivement par le sentiment amoureux, leur pouvoir de séduction, narcissiques et autocentrées, volubiles et instables, mélancoliques, souvent à fleur de peau, détachées et assez superficielles, comme on peut l'être à cet âge.

 

"Je suis empoisonnée par les soucis concernant ma petite personne".

 

Quatre adolescentes qui se livrent à travers leur journal intime ou par le biais de sms ou Facebook et composent une intrigue assez convenue au final, peu crédible et sans grande surprise ni réel rebondissement.  Juste fade.

 

Presque interchangeables ("des doubles idéaux"), les héroïnes manquent de force et de dimension pour séduire le lecteur, qui s'y perdrait sans doute si l'écrivain ne mentionnait pas, à chaque fois, le prénom de l'auteur du journal intime.

 

Ce qui arrive à l'une ou l'autre (séparation des parents,  mère insupportable, "quadragénaire pathétique qui  veut ressembler à une minette", insomnies, mal être,  perte de sa virginité, anorexie, infidélités, notes scolaires qui dégringolent…) ou à leurs amis proches (grossesse accidentelle, délinquance, pétage de plombs..) dévale, de manière trop limpide, tels une compilation*, un amas de clichés sans nuances ni finesse, alors qu'à cet âge, l'existence semble au contraire bien plus complexe et mystérieuse, tellement intense et virevoltante.

 

Si la tragédie de Roméo et Juliette accompagne les destinées des jeunes filles pendant tout le roman, n'y voyez aucune corrélation mais plutôt une invitation à (re)découvrir la pièce de Shakespeare, drame incontournable (et inégalé ?) de l'amour adolescent.

 

* "Ma belle-fille de 16 ans m'a offert son journal intime et celui de ses amies, les SMS qu'elles échangent" (E.E Schmitt, Ouest-France, 28 octobre 2014)