Le pourceau, le diable et la putain : le misanthrope selon Marc Villemain

Mimiche - 30.04.2015

Livre - misanthrope - orgueil - vieillesse


 

Sur son lit d'impotence où il attend la mort, un homme jette ses derniers regards autour de lui et s'obstine à vouloir nous faire part de ses pensées.

 

Sont-ce cette immobilisation et cette dépendance définitives qui ont aigri son âme ou bien n'a-t-il jamais cessé d'être cet homme cynique, acerbe, acrimonieux, sec et misanthrope ? A-t-il, un jour, su trouver quelque qualité à un seul de ses contemporains ?

 

Rien n'est moins sûr quand s'affiche, au fil des pages, la somme des récriminations à l'égard de tous, de toutes, du plus proche au plus inconnu des humains de son entourage auxquels il n'accorde – et ne cherche pas non plus à accorder – quelque indulgence que ce soit, préférant noyer l'humanité toute entière dans un magma sur lequel il s'acharne avec hargne.

 

De l'infirmière qui le soigne à la mère de son fils en passant par ce fils lui-même, il ne fait montre d'aucune charité envers qui que ce soit, préférant se considérer seul être digne d'intérêt quand le reste du monde se prélasserait dans une insignifiance crasse.

 

Rien ni personne ne saurait trouver grâce à ses yeux et c'est avec une passion certaine qu'il s'évertue à dénigrer tout un chacun en commençant par assommer quiconque tenterait de lui montrer quelque opposition sous un verbe haut, précis, puissant, piquant, distingué sinon précieux, lettré, érudit sinon docte voire pédant, toujours délibérément méprisant à l'égard de tout ce peuple « d'en bas » qui n'a aucune chance de jamais le rejoindre « en haut » !

 

 

On peut sortir déstabilisé de cette lecture dont certains propos restent choquants, fut-ce sous couvert de mots élaborés.

 

La misanthropie ne m'est pas étrangère, ayant souvent fait mien le dicton « plus je connais les hommes, plus j'aime les bêtes » !!!... Mais si je peux comprendre la jouissance de la solitude, de l'isolement, je ne me sens pas solidaire de cette débauche de suffisance, d'orgueil ou d'arrogance dans laquelle se complaît le narrateur.

 

Au-delà de ce rejet, totalement personnel mais définitif, des propos relatés, de cette manière de les exprimer et, semble-t-il, de les assumer, cet ouvrage conduit quand même à mesurer l'immense détresse dans laquelle peut, au bout du rouleau, tomber un être dont la déchéance physique du corps, non accompagnée d'une identique déchéance de l'esprit, ne peut qu'être vécue comme une ultime humiliation à laquelle l'impossibilité de se soustraire ajoute au ressentiment et à l'acrimonie.

 

Certainement pas de les excuser ni de les accepter !