Le retour du loup, ou l'Homme devenu un loup, pour le loup

Mimiche - 03.07.2018

Livre - bête mangeait monde - loup rencontre Cévennes - Antoine Nouchy loups


Rarement je me suis senti aussi désarçonné à l’issue de la lecture d’un livre qu’après avoir tourné la dernière page de celui d’Antoine Nouchy. Sans cesse j’ai eu le sentiment qu’il soufflait le chaud et le froid devant le retour du loup dans les espaces interstitiels que nous abandonnons peu à peu autour de nos zones de forte concentration de présence humaine.




 

Maintenant encore, après n’avoir rien trouvé autour de cette lecture et de cet écrivain qui soit de nature à me conforter dans l’une ou l‘autre de ces positions, je reste dans l’expectative.

 

Jusqu’au titre de son ouvrage qui joue sur l’ambiguïté. Afficher « la bête qui mangeait le monde » avec une photo de loup en couverture fait resurgir le monstre sanguinaire, mangeur tout cru de petits enfants, agresseur invétéré de l’homme… La Bête du Gévaudan n’est pas loin. Et toutes les légendes qui y sont associées non plus. L’ombre du fauve prêt à dévorer le voyageur imprudemment attardé dans une forêt profonde n’est pas loin non plus.

 

Eh bien non ! Tournant le dos à la présentation de la quatrième de couverture et comparant notre expansion démographique et géographique aux désastres infligés à la végétation par les nuées de criquets pèlerins, voilà que ce sont les hommes qu’il affirme être « devenus la bête qui mangeait le monde » (p. 201).

 

Malgré de très nombreuses tirades dont j’ai apprécié et partagé le fond de pensée, jamais je n’ai pu cependant me départir de cette réserve qui a débuté avec cette démarche de recherche de la présence permanente du loup dans un coin (assez merveilleux semble-t-il, mais n’est-ce pas un peu le cas partout dans nos campagnes et nos montagnes) des Cévennes où un éleveur de ses amis a vu un des ses jeunes veaux subir mortellement une attaque.

 

Et voilà que l’auteur s’engage donc dans une démarche qui ressemble au « pistage » si bien argumenté par Baptiste Morisot dans son livre Sur la piste animale. Avec pour secret espoir de voir le loup, mais pour objectif primordial d’en valider la présence aux fins de montage d’un dossier permettant de valider une Zone de Présence Permanente (Z.P.P.). À quelles autres fins ? Permettre ensuite l’indemnisation des éleveurs ? Seulement ? Le livre n’apporte aucune réponse à ces questions.

 

Pourtant au détour d’une page, il fait état de positions fortes comme cette critique du capitalisme qui dénature les critères biologiques d’évaluation des impacts de l’activité humaine en leur donnant un seul objectif quantitatif (au sens économique) au détriment du qualitatif, considérant que ce quantitatif « ne sera jamais que le plus bas degré de la qualité ». 

 

Comme le fait d’avancer que « notre première erreur est de penser que nous sommes seuls et qu’un autre monde peuplé de non-humains vit à nos côtés sans que nous ayons la moindre relation avec lui ».

 

Comme l’idée de « montrer la nécessité qu’il y a de repenser notre rapport au sauvage ».

 

Tout en jetant dos à dos, sans proposition concrète que quelque sujet que ce soit à l’exception de ce fameux dossier ZPP, les gens des villes, les éleveurs et les écolos voire en ironisant sur les végétariens qui croient « préserver les animaux en ne mangeant que du végétal. Comme si ce monde (le végétal donc) n’était doué d’aucune sensibilité ! »

 

Et ailleurs, il n’hésite pas à affirmer que « l’homme était un prédateur, il est devenu un destructeur (…) incapable de se réguler sur un territoire ».
 

[Extraits] La bête qui mangeait le monde de Antoine Nochy

 

Non, définitivement, je n’ai pas trouvé mon compte dans la lecture de ce livre qui n’est ni pour ni contre, qui est pour et qui est contre, qui n’affiche pas une position tranchée qui puisse être combattue ou faire l’objet d’un assentiment, pas plus que de propositions médianes vers lesquelles proposer une convergence.

 

Et pour corser le tout, il faut faire une mention spéciale à l’attention de l’éditeur qui devra impérativement renvoyer en formation son (ou ses) correcteur(s) : à ce niveau-là, les coquilles résiduelles sont impardonnables.

 

Antoine Nochy – La bête qui mangeait le monde – Arthaud – 9 782 081 413 245 – 19,90 €




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Pour approfondir

Editeur : Arthaud
Genre :
Total pages : 280
Traducteur :
ISBN : 9782081413245

La bête qui mangeait le monde

de Antoine Nochy

"La première fois que j’ai vu des loups, c’était en Cévennes, en 2004, à quatre kilomètres à pied du village dont est originaire ma famille. J’ai compris à cet instant que nous avions une meute. J’ai voulu en parler, ça n’était pas le moment. Les visages se ferment, les sourcils se dressent. Des loups ! Pensez donc ! Les années sont passées. Et puis d’un coup, plus de sangliers ou de chevreuils là où on les attendait d’habitude à la battue, des troupeaux fébriles, des traces en losange, des chiens qui disparaissent, quelque chose dans le pays avait bel et bien changé." Dans les Cévennes où il vit, à une centaine de kilomètres du Gévaudan, sur les terres qui ont inspiré La Chèvre de monsieur Seguin, au royaume de cette bête dont on disait autrefois qu’elle mange le monde, Antoine Nochy a traqué le loup pendant plusieurs mois. Il a arpenté les sentiers, les berges, les drailles à la recherche de signes et de traces et a écouté parler les hommes. Le loup, ce prédateur dont l’éradication fut pour les Européens un des premiers critères de la modernité, est de retour. Saurons-nous cohabiter avec le sauvage ? Lui apprendre des limites et lui faire respecter les activités des humains, avec qui il doit, lui aussi, partager son territoire et ses usages ?

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