Le sang des âmes, Théo Hakola

Clément Solym - 22.08.2008

Livre - sang - ames - THeo


Steven et April, jeune couple d’Américains, débarquent à Paris en Mars 2003 et, au 64 de la rue Tiquetonne, se heurtent à une porte massive d’immeuble sur laquelle aucune indication ne leur permet d’acquérir la certitude que c’est bien là qu’habite Jaska Karvi, le vieil oncle de Steven qui a quitté son Amérique natale depuis de longues années, mais que Steven a prévenu, par courrier, de leur arrivée.

Aussi, lorsque Léa-Ruby, douze ans, rentrant de l’école et utilisant son code d’accès, ouvre cette porte devant eux, profitent-ils de l’aubaine et s’engouffrent-ils à sa suite dans le hall pour tenter de dénicher, sur l’alignement des boîtes à lettres, une étiquette au nom de Jaska Karvi. Sans succès.

Devant cet échec, et embarrassé par le fait qu’il n’a pas prévu financièrement, d’autres solutions de logement que l’hospitalité de son oncle, Steven finit par convaincre Léa-Ruby de leur permettre d’attendre chez elle le retour du travail de sa mère dans l’espoir que celle-ci saura leur donner plus d’information au sujet du vieil homme que ne peut le faire Léa-Ruby qui vit pourtant dans l’immeuble depuis qu’elle est née. Conquise par les yeux de Steven, Léa-Ruby a accepté.

Ce qui a le don d’irriter Renée, sa mère, qui découvre, à son arrivée, ces jeunes adultes affalés au fond du divan du salon et endormis.

Séparée de Peter, le père américain de Léa-Ruby, Renée, qui souhaite trouver enfin quelque peu de calme chez elle après sa journée de travail, appelle celui-ci à la rescousse pour la débarrasser de ces visiteurs bavards et encombrants.

Mais les explications de Peter concernant le suicide de Jarvi ont surtout pour effet de noircir l’horizon des deux jeunes américains un peu désargentés. Aussi est-ce un arrangement bien pratique pour tous que trouvera Peter en attribuant à April un rôle de baby-sitter pour Léa-Ruby (ravie de la présence de ces nouveaux amis) pendant les absences répétées de Renée (ravie d’être ainsi soulagée) en échange d’une chambre pour eux (ravis d’être tout de même hébergés).


Le livre de Théo HAKOLA a plusieurs facettes.

Certainement un peu politique, voire polémique, du fait des objectifs poursuivis par les deux jeunes Américains qui ambitionnent de rejoindre un réseau en cours de constitution pour aller servir de bouclier humain contre le déclenchement de la guerre contre l’Irak décidée par le gouvernement de leur pays. Pays dont il semble que tous les habitants aient une position finalement pas si tranchée sur ce sujet : pour ou contre ? La réponse n’est pas si abrupte…

Largement historique du fait de la longue période qui est couverte par l’histoire de tous ces gens qui sont la généalogie des personnages contemporains : des émigrés finlandais attirés par les espoirs d’une vie meilleure outre-Atlantique au milieu du XIXe siècle. Dont les descendants sont devenus des idéalistes engagés dans la guerre d’Espagne ou celle contre les nazis. Ou, pour celles et ceux qui sont restés au pays, des patriotes engagés pour la défense de leur petit pays, la Finlande, qu’aurait bien croqué le monstrueux voisin soviétique pendant la guerre d’hiver.

Complètement social par la description des la vie de ces gens dans leur pays d’origine ou dans celui d’adoption. Nombreux sont ceux qui ne connaîtront que le dur labeur et la pauvreté qui lui est associée. Le rêve américain ne profitera pas à tous de la même manière.

Totalement mystique quand il nous est donné d’assister à la « veille » qu’assureraient les morts en regardant vivre leurs descendants et en essayant, tant bien que mal, d’infléchir leurs vies et leurs décisions à la lumière de leurs propres expériences (c’est amusant d’ailleurs d’imaginer que ces purs esprits – sans corps donc et ne communiquant entre eux que par la pensée – continueraient de « parler » leur langue natale sans comprendre leurs descendants qui, eux, parlent celle de leur pays d’adoption !).

Réellement original dans l’écriture. Avec des sujets de phrase mis en facteur commun pour tout un long paragraphe. Avec une plume alerte qui fait que le récit passe d’un âge à un autre, d’un milieu à un autre, d’une histoire à une autre, sans heurt.

Seul petit bémol : il est dommage que le fil conducteur soit si ténu et la généalogie parfois si embrouillée. Car finalement, l’histoire de Steven et d’April reste un prétexte qui finit par manquer de consistance.

Heureusement, le reste vaut la peine.



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