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Le saut de l'ombre, Mercè Ibartz

Clément Solym - 04.09.2008

Livre - saut - ombre - journaliste


Irène, jeune journaliste catalane, vit entre Barcelone et les nombreux reportages qu’elle est amenée à faire partout où le monde devient fou.
 

Et c’est alors qu’elle doit repartir avec Met, son collègue caméraman, vers l’ancienne Yougoslavie devenue folle à sont tour (Vukovar, Belgrade, Sarajevo…) que le téléphone s’est mis à sonner.

 

Là-bas, dans sa campagne natale, sa mère la prévenait de la mort de son grand-père Andreu. À cent ans. Sans déranger. Il s’est couché. Ne s’est pas levé. Est mort.

 

Alors, après avoir prévenu Met et organisé rapidement avec lui son absence temporaire à ses côtés, elle a pris sa valise et s’est dirigée vers le parking pour y prendre le volant de sa voiture et retourner au pays. Avec dans la tête le chapelet de morts qui ont égrené les dernières années : sa grand-mère, son oncle, son cousin.

 
Et maintenant son grand-père.
 

Alors, les autoroutes et les routes l’ont à nouveau reconduite à Salavaï, auprès de toute sa famille, de ses racines.

 
 

Je n’ai pas dû lire ce roman de Mercè IBARTZ au bon moment.

 

Pourtant, elle y raconte beaucoup de choses que j’aime, et bien mieux que je ne saurais le faire : la campagne, la vie immuable du village, l’immense révolution subie par les gens de la terre au cours de la traversée du XXe siècle, avec l’arrivée progressive et inéluctable de la mécanisation et d’un autre rapport aux sols, aux cultures, le lent cycle de la vie des hommes et des femmes depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse,… Un rapprochement certain entre la terre et l’écologie.

 

On a parfois l’impression d’entendre Jean Ferrat chanter « La Montagne » au détour des pages : « Avec leurs mains dessus la tête, Ils en ont monté des murettes, Jusqu’au sommet de la colline » ...

 

Il y a de nombreux passages attachants qui disent cette terre qui ressemble à celle où je suis né de l’autre côté des mêmes Pyrénées. Une terre ingrate parfois, mais une terre dont on ne se déracine pas si facilement.

 

Il y a des sentences pleines de vérité : « les morts des gens de lettres vivent dans les livres (…) nous les morts nous vivons avec les vivants ». Le passage du témoin de l’avenir par le passé, toujours présent, qui observe. L’enracinement. Hier, aujourd’hui et demain dans la même terre, dans les mêmes vies.

 

Ou encore « le potager fait du bien aux hommes âgés (…) quand ils ne peuvent plus travailler autant (…) s’ils (en) rapportent des aliments à la maison, ils se prennent pour les maîtres ». Je revois la maison de mon enfance et mes jeudis après-midi passés à accompagner mon propre grand-père au jardin. Il ramenait toujours un bouquet de violettes pour ma grand-mère.

 

Et puis il y a quelques digressions du côté du journalisme de reportage avec tout ce qu’implique la barrière de la langue pour entrer en contact avec des populations désemparées : « ce qu’on ne peut dire, il faut le taire ». Comme conception de l’information, on peut souhaiter mieux. Ici ou ailleurs, c’est tellement pareil : les médias modèlent l’actualité à leur propre aune.

 

Alors que le monde est aussi fou ici, tout près, puisque les agriculteurs catalans, comme les Occitans ou les Bretons, sont aussi amenés à détruire les productions qu’ils ne peuvent pas vendre. Quel avenir pour nos enfants quand certains détruisent ici, pour ne pas engraisser des intermédiaires, ce que d’autres auraient eu du mal à se payer ailleurs (J’ai découvert une chose, c’est que ces pratiques n’étaient pas seulement hexagonales : agriculteurs de tous les pays unissez-vous !) ?

 

C’est vrai que tout cela aurait dû me toucher et faire vibrer une fibre qui ne demandait que cela. Pourtant, la mise en résonance n’a pas eu lieu. Je ne sais pas l’expliquer. À aucun moment je n’ai réussi à me sentir totalement immergé dans un environnement qui m’est pourtant si proche. Du coup, je n’ai plus rien compris lorsqu’a semblé apparaître une rédemption par la fraternité casquée d’un groupe de motards.

 

Oui, il aurait dû me plaire (pas la rédemption) ce bouquin. Pourtant, nous sommes passés à côté l’un de l’autre : nous nous sommes manqués. Dommage.

 

Cela ne veut certainement pas dire qu’il en sera de même pour vous.



Retrouvez Le saut de l'ombre, sur Place des libraires.




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