Le sel sur la plaie, Jean Prevost

Clément Solym - 24.08.2009

Livre - sel - plaie - Jean


Dieudonné Crouzon a une réputation presque brillante dans les Facultés de Lettre et de Droit en ces années 1925. Laborieux depuis son plus jeune âge car issu d’un milieu plus que modeste, il est maintenant en train de terminer sa thèse de droit et hésite à orienter sa carrière : avocat ? Juriste ? Professeur ?

Dans ce milieu étudiant où ; ses compétences lui permettent de compenser un peu ses origines, il a noué des relations amicales avec un groupe de jeunes gens plutôt aisés ou issus de familles en vue.

Comme très souvent pour y rencontrer son cercle d’amis, il est chez Dousset, ce jour-là, quand ce dernier, à brûle-pourpoint, en vient à l’accuser de lui avoir volé son portefeuille. Les mots échangés à la suite de cette accusation mal reçue par Crouzon, conduisirent à une altercation violente au cours de laquelle Dousset est projeté au sol, le visage en sang. Et c’est pendant que Crouzon tente de le soigner que Dousset découvre son portefeuille coincé entre deux meubles.

Alors que Crouzon y entrevoit la fin de la méprise, Dousset le poursuit de ses invectives, maintenant ses accusations et considérant que le vol a simplement échoué. Outré Crouzon s’enfuit plus qu’il ne part. Et le lendemain, il découvre que le fiel déversé par Dousset dans les oreilles de tout leur cercle d’amis a jeté le doute sur son intégrité que ses dénégations n’ont aucune capacité à redorer.

Sur les conseils de Boutin, un marginalisé comme lui, qui lui a conservé son amitié et sa confiance, il se résoud alors à profiter d’une opportunité de partir sans délai à Châteauroux pour y diriger un journal chargé d’assurer la promotion électorale d’un cartel de députés républicains. Deux jours après l’incident avec Dousset, il descend du train dans la gare du chef lieu de l’Indre.

Ce roman de Jean PREVOST est une nouvelle ré-édition d’une œuvre parue en 1934 ! Jérôme GARCIN en fait une préface élogieuse. Personnellement, j’ai, à son égard, un sentiment un peu plus réservé. Certes il est tout à fait intéressant de découvrir la vie de province de l’entre deux guerres, de plonger dans les arcanes de la politique d’alors (et de constater que rien n’a vraiment changé de ce point de vue là), de voir évoluer de nouveaux comportements industrieux et progressivement industriels dans l’imprimerie.

Certes l’amour et la haine sont encore et toujours des moteurs puissants de la volonté et cet homme, Crouzon, profondément touché d’avoir été repoussé par ceux qu’il considère pourtant encore comme ses anciens amis, y trouvera la force de s’abîmer dans le travail et aller chercher, fabriquer même, sa revanche, sa vengeance.

Certes il est fait une éclatante démonstration de la puissance des médias (la presse en l’occurrence, mais il n’est pas très difficile d’extrapoler à tous ceux que nous subissons aujourd’hui) à manœuvrer l’opinion publique (et plus personne n’a de doute maintenant sur ce sujet quand tant d’évidences s’étalent sous nos yeux).

Certes le travail (forcené) y est valorisé (point n’est certainement besoin d’aller jusque dans ces extrêmes mais ce n’est pas mal d’en entendre un peu parler). L’atteinte du succès et, cerise sur le gâteau, du bonheur en apparaissent comme l’aboutissement évident, incontournable (il ne faut cependant pas trop rêver). Certes l’écriture est agréable quoique quelque peu surannée.

Mais je reste un peu sur ma faim ! Si Jérôme Garcin voit un parallèle de héros entre Dieudonné Crouzon et Julien Sorel, je trouve qu’il manque au premier la profondeur de personnage du second. Grâce à une prose certainement plus difficile mais plus précise et plus dense, Stendhal (ou, mieux encore à mon goût, Balzac : je suis fan !) savait donner bien plus d’épaisseur. Il y a fort à parier que, avec le même scénario, l’un ou l’autre aurait pu nous régaler de quelques centaines de pages supplémentaires.

Et l’impression fugitive, au sortir de ce livre, c’est qu’il navigue entre deux époques : celle d’aujourd’hui qui a parfois un peu tendance à oublier le superflu et à ne retenir que l’essentiel et celle d’hier qui n’épargnait au lecteur aucun détail digressif. Pour, toujours à mon goût, y perdre une partie de l’intérêt de la narration.

Peut être faut-il maintenant poursuivre la découverte de l’œuvre de Jean PREVOST avec le lecture de « La Chose du Matin » (suite du « Sel sur la Plaie ») pour enfin atteindre à la complétude d’un personnage que je n’ai pas totalement trouvée jusqu’ici.


 

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