Le Signal, de Ron Carlson

Clément Solym - 08.06.2011

Livre - mari - femme - camper


Mack vient de sortir d’un petit séjour en taule. Son vieux camion l’a emmené au pied des montagnes du Wyoming où il est en train d’installer un bivouac en attendant Vonnie, son ex-femme, avec laquelle depuis plus de dix ans, depuis leur première ballade juste avant leur mariage, ils ont régulièrement fait une grande randonnée dans ces montagnes que, l’un comme l’autre, ils aiment tant et où ils aiment tant venir pêcher.

Mais cette ballade que Vonnie lui a promise sera leur dernière : il l’a trop blessée et si elle a encore une certaine amitié pour lui, pour ce qu’ils ont vécu dans le ranch du père de Mack et puis ailleurs, pour ce que promettaient ces promenades à cheval jusque dans le territoire d’ours qu’il lui a fait découvrir, aujourd’hui, c’est pour tirer un dernier trait sur leur histoire qu’elle le rejoint. Et aussi pour tenir la promesse qu’elle lui a faite, quelque temps avant qu’il ne sorte de taule, pour lui regonfler le moral.

Une dernière virée ensemble. Mais chacun dans son duvet !

Une partie de pêche toute simple, mais qui ne l’est pas complètement. Car l’un comme l’autre ont des petits secrets qui se cachent derrière cette sortie en apparence purement bucolique. Mack et ses accointances douteuses qui sont plus ou moins à l’origine de son séjour derrière les barreaux. Vonnie et son nouveau compagnon, un avocat que Mack ne supporte que très mal.

Et puis, dans les montagnes du Wyoming, dans ces réserves naturelles, il y a des braconniers. Et les braconniers, il n’est jamais très recommandé de les rencontrer au hasard de leurs activités illicites. Surtout parce que leurs armes ne sont pas entre leurs mains pour faire de la décoration.

Ce roman m’a semblé, avant tout, être un chant magnifique à la gloire de ces espaces naturels grandioses des Rocheuses américaines (dont les lacs glacés et les sommets enneigés font le succès de tant de calendriers). Avec des passages franchement naturalistes pour ne pas dire complètement écolos, il a des petits airs de l’ouvrage de Rick BASS, « Les derniers Grizzlis » (chez le même éditeur).

De belles pages sur des bivouacs improvisés, sur des troupeaux de cerfs agglutinés dans les sous-bois, sur des lacs sauvages remplis de truites magnifiques, sur des forêts profondes et sur des montagnes magiques. Une sorte de récit initiatique au plus profond de la nature. Loin des espaces habités et des grandes voies de communication.

La rupture entre ces deux êtres que de véritables passions avaient unis y est d’autant plus malheureuse tant pour l’un que pour l’autre. Ces bonheurs simples, comme observer la faune sauvage, les montagnes ou pêcher une truite, ne sont pas la moindre épreuve à endurer quand ils éveillent quelques autres souvenirs enchanteurs.

Ron CARLSON a pimenté son roman d’une intrigue un peu tirée par les cheveux mais qui contribue à donner un rythme vraiment soutenu à une randonnée qui ne l’est pas moins.


De là à annoncer, avec le New York Times, « un roman au suspense à couper le souffle », il ne faut pas exagérer car si suspens il y a effectivement, ce qui m’a surtout coupé le souffle, ce sont les marches étonnantes de ces deux vrais sportifs qui enchaînent les dénivelés comme d’autres enchaînent les matche au fond d’un fauteuil devant la télévision !

Et, au travers de ces épreuves tant physiques que romanesques, il y a certainement les retrouvailles de deux passionnés qui laissent tomber un peu de leur carapace au fur et à mesure que s’écoulent les heures et les rebondissements d’une histoire malgré tout séduisante.

C’est un bon livre qui se dévore sans retenue et pour lequel j’adhère avec beaucoup plus d’enthousiasme au commentaire du Washington Post qui vous assure, et moi avec lui, qu’il « vous emportera comme une avalanche ».


Traduit de l'américain par Sophie Aslanides.