Le silence ne répond jamais, de Pierre Mainguet, un roman doux et intimiste

La rédaction - 15.02.2017

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Nelson Ferrer, un photographe de plus de 70 ans, revient dans la capitale de sa jeunesse après 40 ans d’absence. Le récit se déroule en 3 jours, entrecoupé d’extraits du carnet rouge de Nels, où il a consigné méticuleusement tous les souvenirs de son histoire d’amour avec Irina.

 

 

 

On comprend peu à peu qu’il a fui sa ville natale et entrepris l’écriture de son carnet après le décès de cette femme dont il est tombé fou amoureux à 20 ans.

 

Chaque soir j’avais rendez-vous avec nous. Il m’arrivait parfois d’écrire chichement ou au contraire, de me laisser emporter par la joie de fallacieuses retrouvailles lorsque je plongeais tête baissée dans un épisode drôle comme celui où je raconte la première fois où nous avions fait l’amour tant bien que mal. J’étais alors l’objet de sentiments contradictoires, d’une part heureux d’être arrivé à retracer avec assez de justesse ce que nous avions vécu et en même temps horriblement malheureux puisque ces événements ne seraient jamais plus que des souvenirs dont j’étais le seul dépositaire.

 

 

Il revient dans la ville de son enfance avec une certaine appréhension, tout en étant habité par la certitude d’être à sa place : ayant appris qu’il est atteint d’une grave maladie incurable, il souhaite visiter une dernière fois certains lieux et revoir les personnes ayant marqué son existence. Quand il aura accompli cela, il mettra fin à ses jours. Pas très réjouissant, me direz-vous ? De fait, mais l’intérêt de l’histoire est ailleurs car Nelson a décidé de vivre pleinement ses derniers moments, même les gestes quotidiens.

 

Ce que je voudrais, c’est que les derniers jours que je vais passer sur cette terre soient gorgés de vie et qu’elle déborde, qu’elle déferle, me pénètre par tous les pores de la peau. Je voudrais m’inonder d’existence, d’êtres, de choses. Je voudrais un feu d’artifices de présences et de sensations. Je voudrais que mes derniers moments flamboient dans ma mémoire avant que je disparaisse. Voilà ce que je veux m’offrir, et rien ne m’en distraira maintenant que le décompte est amorcé.

 

 

Nous suivons son monologue intérieur avec facilité, tant le style est fluide, teinté de petites nuances d’autodérision assez touchantes (« Puis, mon regard glisse vers le bas et j’aperçois mon sexe émergeant d’une touffe de poils grisonnants. Tiens, qui voilà ! Difficile de te reprocher ta discrétion, vieux bandit ! C’est la grève générale ! »).

 

On découvre le passé de Nelson par bribes : la séparation de ses parents qu’il a très mal vécue, ses premiers émois amoureux, sa rencontre avec Irina et puis et surtout, sa difficulté de vivre après son décès, son absence de désir, sa peur de vivre aussi.

 

Il relate ses souvenirs avec douleur et tendresse, mâtinées d’une certaine résignation, mais c’est sans compter sur le pouvoir de la vie, qui fait surgir dans son existence une Esther au caractère bien trempé et un Cap’taine Philo aux grosses lunettes. Et voilà Nels touché par une étincelle, toute petite, mais une étincelle quand même…

 

[Extrait] Le silence ne répond jamais de Pierre Mainguet 

 

Le silence ne répond jamais est un roman doux et intimiste, où nous découvrons avec tendresse la vie d’un personnage authentique, à qui il aura fallu presque toute une vie pour apprendre à aimer. Une belle invitation à la bienveillance face aux fragilités de l’être humain.

 

Séverine Radoux

 

Avec Le Carnet et les instants