Le Soldat Chamane de Robin Hobb, La Magie de la peur

Clément Solym - 29.04.2008

Livre - Soldat - Chamane - magie


Jamère a quitté le foyer paternel après que la peste s’est emparée de sa famille, ne lui laissant au monde qu’un père aigri et une sœur désolée. Parti sur les routes pour affronter son destin, son corps obèse fourmillant de magie incontrôlable, il est seul. Même Siraltier son cheval ne parvient plus à le porter. Voilà qu’une seule solution s’offre à lui : tenter d’intégrer un régiment militaire, pour contredire son père, figure omniprésente et démiurge permanent.

Suivant le fil de ses pensées et le fleuve qui le mènera à Guétis, il croise une femme dont le mari fut l’un des acteurs dans la construction de cette route, pure folie que le roi entretient. On y fait travailler les voleurs, qui obtiennent un lopin de terre une fois leur peine purgée. Mais Amzil, mère de deux enfants vit pour nourrir sa progéniture, et reste méfiante.

Il faudra l’apparition de Buel Faille, éclaireur à Guétis pour que Jamère se reprenne et poursuive sa route. Durement frappé par un animal sauvage, ce dernier ne devra qu’à Jamère d’arriver vivant au fort. Quant à ses nouvelles fonctions, au sein du fort de Guétis, elles se bornent à entretenir un cimetière régulièrement pillé par les Ocelions, qui vivent près de là.

Mais dans sa route solitaire, plusieurs manifestations de magie ont joué des tours à Jamère. Or, cette dernière est insaisissable, et ses conséquences loin d’être immédiates. Les avertissements de Faille lui permettront-ils se préserver ? Aujourd’hui, plus que jamais, le dilemme est simple : plonger de l’un ou de l’autre côté. Sans savoir quelle sera la portée de son choix.

En relisant le troisième tome, Le Fils rejeté, pour être certain de ne rien rater, on s’aperçoit combien La magie de la peur est un livre de contemplation et de profondes abîmées dans la réflexion. D’hésitations aussi, d’incertitudes. Il s’agit moins de peur que d’incapacité à prendre une décision. Jamère est ballotté entre l’indécision et la passivité d’une situation nouvelle, où son corps autant que sa vie lui ont complètement échappé.

Mais c’est aussi une tension qui se construit autour de sa carcasse obèse : celle d’un Opulent, mage ocellion redouté ou celle hideuse à la vue des hommes ? Tension qui passe par l’apprentissage de la terreur, au bout de la route de Guétis, lieu d’horreur pure, autant que la forêt dans laquelle se terrent les Ocellions.

Un peu comme dans le précédent opus, on entre dans La magie de la peur à reculons, pour s’y plonger tout entier. Si l’on saute quelques pages de temps à autre, en espérant une action, un dynamisme soudain, on fait rapidement demi-tour pour mieux saisir l’évolution intérieure de Jamère. Ici, tout n’est que tempête mentale, indigence et malconfort.

Baignant dans une atmosphère lourde de passivité, on s’ennuie cependant un peu, pour s’apercevoir, en tournant la dernière page que l’on aspire à savoir ce qu’il adviendra prochainement. Moins enthousiasmant que le tome 3, celui-ci nous tient tout de même en haleine, avec moins d’aisance, mais on accroche. Jamère finit par nous irriter, incapable de se mouvoir hors de son mal-être, de cette médiocrité dans laquelle il tente de se frayer un motif de fierté.

Le voyage aurait été propice à quelques événements, mais il est plutôt utilisé pour la médiation et la réflexion. Un peu à outrance, cependant. Non, résolument, ce tome est moins... Moins efficace, moins haletant, moins impressionant. Plus transitionnel, menant vers une nouvelle aventure, qui on l’espère, se montrera, elle, explosive, les dernières pages laissent pourtant dans un rare état de supsens...