Le sourire étrusque, José Luis Sampedro

Clément Solym - 06.03.2008

Livre - sourire - etrusque - Jose


Dans un musée de Rome, un vieux monsieur intrigue le gardien par son attitude figée face à un sarcophage représentant un couple étrusque immortalisé avec un sourire magnifique sur les lèvres.

Le vieux monsieur, conquis par cette félicité entrevue, reprend ensuite la route dans la voiture de son fils venu le chercher dans sa Calabre natale pour l’emmener à Milan où ce dernier et sa femme travaillent et élèvent leur fils nouveau né.

Un voyage que le Vieux vit comme un déracinement insupportable : il s’est pourtant laissé convaincre de venir à Milan pour y rencontrer des sommités médicales censées le soigner de cette bestiole, la rusca, qui lui tord le ventre régulièrement, mais auxquels il n’accorde d’avance aucun crédit.

Ayant laissé à Rocasera son fasciste d’ennemi de toujours dans l’antichambre de la mort, il n’a qu’une hâte, celle de retourner au village pour l’y voir mourir avant lui. Car il n’a aucune illusion sur ses chances de s’en sortir lui même. Mourir le dernier sera une victoire.

Sauf qu’à Milan, à côté de sa belle fille qui l’insupporte, il découvre son petit-fils.

Alors, envers et contre toute logique médicale, voilà le Vieux qui pactise avec sa rusca et qui va survivre pour enterrer à distance le Cantanotte tant haï et surtout pour enseigner la vie à ce bout de vie en devenir.


Voir cet Homme (et quand je dis Homme, en Calabre, cela porte de lourdes significations viriles et machistes) devenir un grand-père tendre, attentif et précautionneux à l’excès parfois est un vrai plaisir.

Avec des mots simples, des mots de berger qui a plus souvent parlé à ses brebis avec tendresse qu’à son propre fils, des mots de montagnard pleins de sagesse et de rudesse, mais aussi des mots de partisan qui s’est battu contre les Allemands pendant la guerre acquérant dans ce conflit une dimension héroïque supplémentaire, voilà un Homme Nouveau qui va conquérir Milan pour et avec son petit-fils et découvrir la partie cachée de sa propre âme, de son cœur qu’il n’avait jamais même soupçonnée.

Il y a de l’amour dans ce livre. Entre un vieil homme et un enfant. Mais aussi entre ce même vieil homme et une femme rencontrée au hasard des rues : une tendresse d’âge mûr.

Il y a de la douleur dans la maladie et dans les luttes. Mais il y a de la sérénité quand le regard se retourne sur tout ce qui a été vécu et qu’il est possible de considérer alors que la vie a été bien remplie.

Il y a de l’humanisme puisqu’au milieu de la ville tant décriée, il reste possible de faire des rencontres impossibles avec des gens.

Il y a une certaine nostalgie face à cette société rurale qui disparaît en même temps que les gens qui la composent, sans pourtant basculer dans un passéisme béat.

Il y a un homme à la fin de sa vie qui grandit au contact d’un bout d’homme au début de la sienne. Et ils sont des moments où il est difficile de savoir lequel a le plus besoin de l’autre.


Bien avant la dernière page, j’avais compris pourquoi ce livre de José Luis Sampedro avait eu tant de succès lors de sa parution initiale en Espagne en 1985. Mais je n’ai pas encore compris comment un écrivain espagnol a pu parler de la campagne calabraise avec autant de cœur et autant de vraisemblance.

Devant notre environnement d’aujourd’hui, son livre porterait-il un message plus universel ?