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Le tambour des larmes : les sables de Mauritanie

Mimiche - 21.03.2017

Livre - Littérature africaine - femme - colonialisme


Dans le désert de Mauritanie, la jeune Rayhana fuit le campement touareg de la tribu Oulad Mahmoud emportant avec elle son désespoir et le tambour sacré qu’elle a volé au clan. Un vol pour les punir ! Pour faire tomber la honte sur eux ! Une vengeance après ce qu’ils lui ont fait à elle.

 

Elle fuit aussi vite qu’elle le peut, espérant mettre entre elle et eux, pendant la nuit, assez de distance pour rejoindre, loin de là, la ville d’Attar où elle espère retrouver son amie Mbarka, sa seule véritable amie bien qu’ancienne servante-esclave de sa mère, qui, elle aussi, des mois auparavant, a subrepticement quitté le campement. Mais qui s’inquiéterait de l’absence d’une servante.

 

Alors qu’elle, la nièce du chef, partie avec le tambour sacré, va faire rejaillir sur tout le clan la honte de cette perte.

 

Rien pourtant ne laissait imaginer une situation pareille dans la tribu où le temps s’écoulait dans le lent renouvellement des jours et de la vie où le nomadisme n’avait plus court.

 

Rien n’aurait dû faire dévier la vie de traditions, d’habitudes, de coutumes ancrées au plus profond de ces hommes et de ces femmes.

 

Rien sauf l’arrivée soudaine et inattendue de machines bruyantes et monstrueuses, installant leur campement à quelque distance des tentes du clan, venues faire de la prospection minière dans le désert.

 

Comme fut tout aussi inattendue l’irruption de Yahya, un jeune ingénier autochtone du campement venu écouter les chants, les rires et les poésies qu’échangeaient les jeunes de la tribu, le soir, garçons et filles rassemblés sous l’œil vigilant des matrones bien décidées à ne rien laisser déraper.

 

Et le nouveau venu, au fil des soirées, ne reste pas insensible au charme et à la beauté de Ryahana, elle-même subjuguée par ce jeune homme différent, beau parleur, charmeur, attentionné, entreprenant et audacieux au point de se jouer de la surveillance des matrones.

 

Mais le campement des Blancs a été démonté et a disparu aussi vite qu’il était apparu et a emmené Yahya avec lui, sans un au-revoir, laissant Rayhaha avec son souvenir et son malheur.

 

 

Construit très classiquement avec une alternance narrative de chapitres dans le présent et dans le passé, ce roman distille une vision “de l’intérieur” des coutumes et traditions de ces populations du désert certes bien éloignées de notre petit quant-à-soi européen.

 

Les origines journalistiques de Mbarek Ould BEYROUK donnent à ce récit une touche de “reportage” par lequel la vie dans le désert prend une dimension autre que touristique avec ses codes et son Histoire, avec ce déterminisme du groupe dans lequel disparaissent les individualités essentiellement tournées vers la survie collective.

 

Il en devient donc un ouvrage, peut être pas “de référence” mais, en tous cas, particulièrement instructif et difficilement taxable d’un colonialisme évangélisateur.

 

Et c’est heureux car le message qui passe au travers des pages ne pourrait qu’être contesté s’il n’était que le fait d’un étranger à cette culture ou à ces traditions. Pas sûr d’ailleurs que l’auteur ne soit pas pour autant soupçonné de “connivence” avec cet ennemi extérieur qui vient prôner la liberté et l’égalité de la femme, la justice autre que clanique, l’autodétermination et la tolérance.

 

Certes, je ne suis pas totalement convaincu que la culture “occidentale” soit une panacée exempte de travers critiquables. Pas plus que je ne peux refuser de reconnaître quelques vertus à d’autres modes de vie. Pour autant, je ne peux pas admettre l’asservissement qui est le fil rouge du récit et qui en fait le personnage principal d’une histoire où il provoque la destruction des rêves d’une jeune femme.

 

Ce livre est la mise à l’index de cet asservissement dont j’ai tant de mal à admettre qu’il ait encore cours. Dont j’ai tant de mal à ne pas être rempli d’incompréhension face à l’engagement délibéré (semble-t-il) de certaines jeunes filles dans ces chemins tortueux pour moi tellement éloignés de l’ouverture qu’a engagé, il y a déjà longtemps, le  “siècle des lumières”.

 

L’esclavage est encore au cœur de ces modes de vie. Mais il concerne autant les populations soumises que la moitié féminine de cet univers.

 

J’ai du mal à ne pas me rappeler ces années de coopération civile en Afrique où j’ai découvert des “boys” qui préféraient travailler pour des “toubabs” plutôt que d’être asservis par des concitoyens plus aisés qui les payaient plus mal, les traitaient plus mal et ne les considéraient pas du tout.

 

Quarante ans plus tard, rien ne change.

 

Décidément, l’homme est un animal désespérant qui n’évolue pas.

 

Mais il faut lire et faire lire ce livre. Pour éclairer.


Pour approfondir

Editeur : Elyzad
Genre :
Total pages : 248
Traducteur :
ISBN : 9789973580801

Le tambour des larmes

de Beyrouk(Auteur)

Lorsqu'un chantier gigantesque s'installe avec fracas près du campement de la fière tribu des Oulad Mahmoud, le silence du désert et le fil de la tradition s'en trouvent rompus. La belle Rayhana, la nièce du Chef, attire l'attention d'un ingénieur brillant. Autour du feu, il chante et loue les qualités de la jeune fille avec talent, et finit par venir la retrouver en secret la nuit sous la tente. Prise entre menaces et sentiments, Rayhana cède. Alors qu'elle pense devenir bientôt sa femme, elle découvre un matin avec

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