Le terrorisme écologique, dernière solution d'avenir ?

Mimiche - 05.03.2018

Livre - Sevigny Sans terre - terrorisme écologique Québec - connivences société écologie


Par un beau dimanche de juin, alors que le concours horticole lancé par la Ville de Québec bat son plein et que les paysagistes s’affairent dans les rues, un camion-benne circule tranquillement dans le quartier chic de la ville.




 

Au volant, Gabrielle Rochefort, la cinquantaine encore blonde sous sa casquette rouge, conduit son véhicule, pas particulièrement incommodée par l’odeur nauséabonde qui se dégage de son camion.

 

Après avoir garé celui-ci devant la maison sobrement luxueuse du ministre de l’Énergie et des Ressources Naturelles, elle en descend tranquillement, plante une pancarte dans le gazon à grands coups de marteau, remonte au volant de son véhicule, enclenche une marche arrière magistrale sur la pelouse et, relevant la benne, déverse devant la maison des tonnes d’oiseaux morts, englués de mazout dans lequel ils ont péri et y met le feu.

 

Son action militante et l’accusation portée sur le panneau à l’encontre du ministre qu’elle accuse de collusion et de corruption ourdie par une multinationale de l’énergie lui vaudront trois années de prison pour acte de terrorisme écologiste.

 

Trois ans plus tard, Gabrielle est sortie de prison, n’a rien perdu de son militantisme écologiste, reste une emmerdeuse avérée et persistante qui n’a de cesse de montrer du doigt toutes les malversations des politiques de tous bords et est gracieusement logée par sa cousine Marie-Louise sur l’île d’Orléans, dans une vieille maison de bois à proximité de laquelle celle-ci exploite une ferme et de nombreux saisonniers Mexicains que Gabrielle voudrait bien arriver à syndiquer.

 

L’incendie criminel de cette maison par une sorte de commando arrivé en bateau par le Saint Laurent va faire une victime collatérale : Carlos, un des saisonniers Guatémaltèques de la ferme de Marie-Louise, amant de Gabrielle, ne surprit pas les incendiaires alors qu’il revenait vers la vieille maison de bois, vide après que Gabrielle et lui en étaient partis quelques instants plus tôt.

 

Sans Terre est certainement un polar, mais c’est également un livre d’une agressivité assez phénoménale vis-à-vis de la sphère politique québécoise et des corrupteurs multiples dont celle-ci semble assez gangrenée.

 

Étonnant., car Québécophile comme je le suis, j’avoue que cette réalité, qui a un énorme goût de colonialisme énergétique américain sans que cela soit clairement énoncé, ne m’avait jamais interpellé à ce point.

 

La toile de fond de ce polar noir reste un prétexte à un plaidoyer d’une part contre cette corruption dont les ramifications semblent profondes et d’autre part à des combats dont Gabrielle est l’expression unique dans le roman : militantisme social, économique, écologique ou encore anti-racial.

 

Que Gabrielle soit considérée comme une terroriste écologiste est assez symptomatique du bulldozer de la pensée unique qui traîne en justice, chez nous, dans la vieille Europe, les personnes qui osent faire preuve d’un peu d’humanité en tendant une main secourable aux immigrés que nous serons peut-être demain (en tous cas que nombreux Européens ont été hier lors des grands conflits du XXe siècle).

 

Que ces comportements de corruption ressemblent à s’y méprendre à ce que tous les pays développés ont fait et continuent de faire dans les pays en voie de développement par des chemins politiques, industriels et économiques ne devrait pas avoir meilleure presse et on ne peut que s’insurger devant le flop qu’ont pu faire les « Paradise papers » quelques semaines seulement après leur diffusion largement médiatisée : qui en parle encore aujourd’hui ? Qui se préoccupe des suites données ? Y en a-t-il seulement ? Les cabinets d’avocats ont-ils bien assuré la protection de ceux qui avaient été pris avec la main dans le pot de confiture ?

 

La plume légère de Marie Eve Sevigny déroule tout cela à la sauce québécoise dans un roman sombre, sacrament bien écrit et efficace en ostie, qui n’est pas exempt d’une dose de pessimisme face à l’immensité de l’obscurité où tant de poissons se cachent dans une complicité collective que l’argent facilite.

 

La question se pose encore avec acuité : le terrorisme écologiste est-il devenu la seule alternative à tout cela quand la loi et la justice ne font plus le poids face aux connivences ?

 

Marie-Eve Sevigny – Sans Terre – Editions Heliotrope – 9 782 924 666 098 22,95 $ CA / Ebook 9782924666104 – 12,99 €




Commentaires

Recenser ceux que le "terrorisme" écologique "terrorise", c'est prendre l'exacte mesure de l'opposition à laquelle il faut se heurter pour reconstituer un équilibre dynamique du monde vivant. Ça fait du monde. Notez que le "terrorisme" en question, contrairement aux autres, ne vise pas la suppression des vies humaines, mais doit cette assimilation lexicale au fait qu'il s'occupe d'en protéger quelques autres (vies). L'époque n'est pas à une contradiction près.

Il vaut toujours mieux connaître l'amplitude de l'obstacle...

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