Le testament de Nobel : Annika Bengtzon, crime reporter

Cécile Pellerin - 07.07.2014

Livre - Prix Nobel - polar suédois - Journalisme


Annika Bengtzon est journaliste d'investigation dans un journal du soir (tabloïd) stockholmois et le personnage récurrent des romans policiers de la suédoise Liza Marklund. Dernier volume de la série, il met en scène une femme trentenaire, dynamique, active, mère de deux jeunes enfants, indépendante, marié à  Thomas, malmenée dans sa vie affective et professionnelle mais assez forte pour toujours sortir victorieuse de situations tragiques et violentes et résoudre en même temps, tel un commissaire talentueux, les crimes dont elle est  censée rendre compte dans la presse.

 

Ici, la voilà même témoin n°1 d'un meurtre et d'une tentative de meurtre commis sur la présidente du comité Nobel de l'Institut Karolinska, Caroline von Behring et sur le lauréat contesté du Nobel de médecine, Aaron Wiesel (« défenseur de l'utilisation du clonage thérapeutique »), lors de la prestigieuse cérémonie  de bal du prix Nobel. Contrainte, de ce fait,  à un devoir de réserve absolu (le comble pour une journaliste, qualifiée de « pute à scoops » par le commissaire Q), elle ne ménage pourtant  pas ses efforts pour éclaircir cette affaire (en free lance).

 

Mise au repos forcé pendant près de six mois par son journal, elle réalise vite combien sa vie personnelle est un désastre, s'interroge sur une nouvelle orientation. Six mois qui lui permettent, malgré tout, de pénétrer plus intimement l'institut Karolinska  de recherche médicale, de s'intéresser aux liens économiques et financiers entre les laboratoires pharmaceutiques  et les chercheurs, de faire découvrir aux lecteurs un environnement souvent méconnu et secret et de tenter de dénouer une enquête sordide et complexe, pas franchement palpitante, qui ne s'agite vraiment que dans le dernier tiers de l'ouvrage.

Parallèlement à cette intrigue, se dévoile une vague histoire de terrorisme (« Neue Jihad ) qui mêle la CIA et la police suédoise, laissée en suspens, inachevée, placée-là sans doute comme une fausse piste mais  trop évasive  pour réellement convaincre et emporter le lecteur ou interroger sa conscience sur le mode de fonctionnement des autorités face aux suspects étrangers. Peu concerné, il reste à l'écart et finalement ce sont les histoires personnelles d'Annika, comme les difficultés de son fils à la crèche, la goujaterie de son voisin, le machisme de son mari, la nouvelle orientation que semble vouloir prendre son journal ou encore âme, ses cauchemars, qui tiennent en haleine plus que la résolution des crimes.

 

Les personnages (notamment celui de la  tueuse à gages, assez caricatural ou du commanditaire) manquent d'envergure et d'un réalisme nécessaire pour apporter du crédit à l'histoire et pour susciter l'adhésion. Seule Annika attache et incite le lecteur, malgré tout à poursuivre le récit. Par empathie plus que par passion ou réel engouement.

 

A voir maintenant si la série télévisée « Annika Bengtzon, crime reporter » remporte plus de succès.