Le travail de mémoire d’Annie Ernaux

Fnac - 06.04.2016

Livre - travail mémoire - Annie Ernaux


Le nouveau livre d’Annie Ernaux, Mémoire de fille, est le coup de cœur de Pauline, libraire sur Fnac.com. « J’ai voulu l’oublier, cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue. »

 

 

 

Annie Ernaux poursuit son travail de mémoire dans un nouvel essai qu’elle intitule sobrement Mémoire de Fille. Elle y évoque l’été 1958, irrémédiablement ancré dans sa chair, dans ses souvenirs de jeune fille, car l’été de ses 18 ans est celui où elle découvre à la fois l’amour et l’humiliation. 

 

Comment cette expérience sensorielle et traumatique construit sa personnalité et entraîne le besoin d’écrire ; comment la romancière se détache progressivement de celle qu’elle a été ; comment elle retrace le fil de la mémoire grâce à des photos et des lettres écrites aux amies, et éclaire le passé de son regard présent… Dans Mémoire de fille, on retrouve les thèmes chers de l’auteur de La Place, et ce qui fait l’essence de son œuvre : la plume sensible, l’œil distancié, le regard féminin. Car l’écriture d’Annie Ernaux a une dimension féministe.

 

À ce sujet, Ernaux évoque sa mère qui méprisait ouvertement les femmes entretenues, et a influencé le destin de sa fille par son ambition autre, une ambition qui passait par la réussite scolaire. Les modèles féminins d’Annie Ernaux sont dans les livres, dans ses lectures de jeunesse ; Simone de Beauvoir en tête. 

 

Annie Ernaux fait des études brillantes. Elle est diplômée, devient professeure. Les premiers écrits arrivent plus tard, après le mariage (avec Philippe Ernaux) et les enfants. Consciente de son appartenance à un milieu modeste, elle évoque dans l’écriture son combat contre un certain déterminisme, son passage d’une classe à une autre.

 

 

 

L’écriture d’Annie Ernaux est une écriture sociale. Elle tente de comprendre cette distance qui la sépare de sa nouvelle vie et de son entourage, et qui nourrit toute son œuvre. Elle prend conscience de son manque d’assurance, de son corps maladroit qui se fraie un chemin dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes. Elle se place en observatrice, un œil sur ses origines, l’autre sur son présent, et écrit, réécrit, retrace le fil de son existence. 

 

C’est cette matière qui compose l’œuvre autobiographique d’Annie Ernaux ; c’est cette matière qui compose Mémoire de fille. C’est le style que nous aimons retrouver à chaque nouveau livre, à chaque nouveau chapitre de cette petite histoire en construction.

 

Retrouvez tous les conseils des libraires Fnac