Le vase où meurt cette verveine, Frédérique Martin

Clément Solym - 08.10.2012

Livre - Le vase où meurt cette ve - Frédérique Martin - Belfond


A l'heure des sms, e-mails et autres messageries instantanées, ce roman épistolaire contemporain pourrait sembler désuet et hors propos. Il n'en est rien. Au contraire, ce drame familial dévoilé à travers les lettres de deux protagonistes traduit avec brio les relations compliquées entre générations, les dégâts irrémédiables que non-dits et rancœurs enfouies peuvent entraîner, la difficulté d'être parent, la douleur de vieillir, la séparation, le remords et les examens de conscience ravageurs,  mais aussi la haine et l'amour.

 

Attention, ce livre, aux abords doux et sensibles, (scandé de « ma très chère femme, mon cher mari »)  presque émouvant, est sans pitié, sans concession. Il vous glace, au final, malmène allègrement vos idéaux de famille modèle, crée le malaise, dérange profondément, pénètre vos entrailles au plus vif, vous fait mal car d'une justesse effroyable, percutante. Ce livre commotionne, il livre une réalité peu harmonieuse, difficile à affronter, violente mais sans doute pas si éloignée de nos histoires personnelles. 

 

Et pourtant, les premières lettres de ce livre dégoulinent de tendresse, et d'amour inépuisable, secouent d'émotions le lecteur qui vibre pour ces deux personnages, deux vieilles personnes que la maladie doit séparer momentanément. Zika a le cœur fatigué et doit passer des examens à Paris. Sa fille, Isabelle, propose de l'accueillir dans son petit appartement. Il n'y a pas de place pour Joseph, son époux, contraint d'habiter momentanément chez son fils Gauthier, dans le Sud-Ouest.

 

Cette séparation cruelle s'exprime donc à travers des lettres ou chacun écrit son attachement à l'autre, avec délicatesse, beaucoup de sensibilité, de poésie et de grâce. « Ce qui nous arrive, nous l'avons parfois envisagé, mais jamais que nous serions séparés pour l'affronter. Je découvre qu'il y a une vie hors de ta présence sans savoir comment demeurer dans ce monde-là »

 

Ces lettres traduisent, dans un premier temps,  avec douceur, l'amour qui les unit ; elles permettent aux souvenirs de revivre, de donner vie à ces deux êtres fragiles car vieillissants, si attachants. Le lecteur est alors protecteur ; leur histoire est si belle, si pure, si simple. « Je t'aime, je t'aime, je t'aime, c'est ma seule trinité. »

 

Dans un deuxième temps,  au-delà de la souffrance même de la séparation, les lettres racontent les moments présents, les échanges, parfois houleux, parfois inexistants avec leurs enfants ; les relations privilégiées avec les petits-enfants, dénuées de ressentiment ou de jugement, et attestent  aussi de la réelle difficulté pour un père et une mère de voir les rôles s'inverser, de se sentir démunis puis devenir dépendants, d'être désormais une charge pour leurs propres enfants. La douleur de voir s'effondrer dignité et statut.

 

Très subtilement, les lettres de Zika vont progressivement se teinter d'acidité, d'une certaine violence lorsqu'elle raconte à son mari les reproches incessants de sa fille à son égard, l'humiliation qui l'affecte. Le ton monte au fil des lettres et  Joseph, si éloigné des querelles, se montre impuissant à contenir les humeurs de sa fille, à apaiser sa femme. Aussi, lorsque les lettres d'amour se transforment peu à peu en lettres de désespoir, le lecteur pressent que cette séparation, marquée par les saisons qui s'écoulent, n'a que trop duré et guette le drame latent.  Il règne alors une impression de malaise qui ne le quittera plus jusqu'à l'achèvement tragique du roman




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