Le voltigeur : confession nostalgique et mélancolique d'un enfant du siècle

Cécile Pellerin - 26.09.2014

Livre - Adolescence - quête de soi - Voyage


Dans la ville balnéaire bulgare de Varna, dans une maison d'hôtes, un soir  de fin d'été, le narrateur, âgé de 44 ans, se souvient de sa jeunesse à Lille, et avec nostalgie et mélancolie, livre son passé à la femme qu'il aime, Merve.

 

Ponctués de souvenirs précis, parfois heureux, souvent graves, il relate une jeunesse insouciante et rêveuse, étudiante et curieuse, ouverte sur le monde, avide de nouveautés et d'expériences hasardeuses, sans limites.

 

Ainsi le premier roman de ce tout jeune écrivain se situe dans les années 1990. A l'époque, le narrateur a 20 ans et arrive à Lille pour intégrer une grande école (l'Institut) suite à une classe préparatoire. «  Grâce à l'Insititut, on échappait tous à quelque chose […] Lille, la plus chouette des villes, pour la liberté qu'elle apporte, légère comme le vent qui danse et varlope les rues pavées. »

 

Fils unique, solitaire et assez timoré, il fait la connaissance de jeunes gens, tous originaux à leur manière. D'Ophélie (« une jolie blonde avec le nez cassé ») à Auguste (« un étudiant toujours bien habillé, qui portait de petites lunettes en métal et d'extravagantes vestes en tweed »), avec Joachim (« c'est Napoléon, c'est la Bretagne, c'est Chateaubriand ») et Witold (« vif et pas très grand, les cheveux bouclés et des santiags […] se déplaçait en mouvements saccadés […] sa maladresse faisait sa distance »), ils forment ensemble un groupe  de copains, prêts à s'amuser, à s'enivrer, à découvrir le monde, la musique et la littérature, à s'émanciper, se forger une identité, trouver leur voie, par-delà leurs fragilités et leurs désillusions.

 

« L'impression délicieuse et fugace d'avoir trouvé des frères d'armes, d'enfin appartenir à un groupe.»

 

A travers des expériences plus ou moins malheureuses, des rencontres plus ou moins décisives, des histoires d'amour et d ‘amitié et des voyages initiatiques, le narrateur s'émancipe, se frotte à la réalité parfois rude et amère, éprouve la mort de ses proches, fuit pour se perdre sans jamais pouvoir échapper à ce qu'il est, souffre et s'abandonne au désespoir  pour resurgir un jour et construire sa vie avec la femme qui l'accompagne le soir de ces confidences où se mêlent  avec agrément des regrets, des odeurs et une  mélancolie sensible d'un quotidien disparu. « L'odeur de la peinture le dimanche matin, mes maquettes d'avions anglais […] les pâtes bolognaises […] Le savon granuleux, l'odeur du café rituel après le déjeuner, et, pour toujours, ces nappes de silence. »

 

 

De Lille à San Francisco, en passant par Amsterdam, Moscou ou Budapest, c'est un parcours de vie plutôt agréable à suivre, empreint de doutes et d'échecs, de tristesse et de joie, d'accomplissement également, qui révèle avec précision et justesse  la fragilité du narrateur, ses blessures apaisées, cependant incurables.

 

Pourtant, un sentiment de réserve persiste au fil de la lecture.

En effet, il y a dans ce roman, d'une écriture pourtant fluide et sensible, douce et élégante,  comme un effet convenu, une absence de surprise ou d'étonnement. D'une tonalité presque lisse, le roman manque de fantaisie (de facéties ?), reste trop prévisible pour que l'adhésion du lecteur soit instantanée et que sa curiosité s'éveille intensément page après page.

 

Certes, la lecture est plaisante et facile, mais l'émotion reste lointaine comme s'il manquait un élan, une énergie, des vibrations pour s'imprégner de ce récit, le pénétrer avec force et conviction puis enchantement.

 

 La prochaine fois, sans  aucun doute.