Lecture en silence : quand le livre s’invite dans la peinture

Victor De Sepausy - 09.11.2015

Livre - livre - peinture - Bared


Si les éditions Citadelles & Mazenod sont surtout connues pour la publication d’ouvrages d’art aussi imposants par leur masse que par leur contenu, cette maison, qui bénéficie d’une aura importante auprès du grand public, propose aussi régulièrement des publications plus synthétiques. C’est le cas de l’ouvrage Le Livre dans la peinture (24 x 28 cm, 200 illustrations pour 240 pages, 69 €).

 

Paru en pleine rentrée littéraire 2015, cet ouvrage est signé Robert Bared. Et l’on peut saluer le travail minutieux que ce fin connaisseur des relations qu’entretient la peinture avec la littérature a réalisé pour offrir au lecteur un parcours pictural ponctué par la présence du livre, plus ou moins directement, dans de nombreux tableaux à travers le temps.

 

 

Signant la préface, l’écrivain Pascal Quignard évoque ce « silence des tableaux [qui] ajoute son silence au silence des livres. Mais, plus encore que ces deux silences particuliers qui s’additionnent - et l’étrange paix qu’ils induisent - , il y a quelque chose de fascinant à voir quelqu’un lire en silence. »

 

Spécialiste de la rhétorique de l’image, Robert Bared nous entraîne dans un parcours vivifiant, interrogeant un livre qui « apparaît dans tous ses états picturaux : attribut de l’auteur ou du lecteur, livre ouvert ou fermé, identifié ou sans visage, se donnant à voir ou à lire, livre un ou multiple, honoré, vénéré, ou bien redouté et voué aux flammes. »

 

Ainsi le livre peut se présenter dans les tableaux comme une offrande ou comme un ouvrage d’inspiration divine. Il faut dire que le livre sacré, religieux, a toujours occupé une place importante dans la peinture.

 

Mais l’art du portrait donne aussi à voir l’écrivain en plein travail, comme Shelley représenté par Joseph Severn, ou le célèbre tableau d’Edouard Manet, dévoilant un Zola au travail, un livre à la main et entouré d’un bureau où chaque document fait sens.

 

Le livre peut venir, en peinture, symboliser la pensée, la réflexion, parfois la sagesse du personnage qui tient l’ouvrage entre ses mains. C’est un objet qui permet de tisser du lien entre spectateurs et personnages représentés dans le tableau, surtout quand l’artiste s’amuse à peindre le livre dans une forme d’entre-deux, lisible pour tous, comme dans l’autoportrait de la peintre italienne Sofonisba Anguissola (1535-1625).

 

Des siècles d'un vertueux silence

 

Passant en revue des œuvres de la Renaissance au XXème siècle, Robert Bared scrute avec le regard de l’expert chaque tableau, décortiquant avec simplicité la symbolique de la présence du livre, un livre qui représente parfois le pouvoir éclairé, voire le rang social de la personne représentée, comme dans le portrait de la marquise de Pompadour par Maurice Quentin de la Tour.

 

La peinture de bibliothèques eut aussi ses riches heures, comme celle peinte par Félix Vallotton, ou les romans parisiens étalés sur une table que l’on retrouve chez Vincent Van Gogh. Reste dans tous les esprits le fameux bibliothécaire proposé par Giuseppe Arcimboldo en 1566. L’amoncellement de livres fait alors sens, prenant une forme symbolique.

 

Comme une ouverture vers l’imaginaire, nombreux sont les peintres à avoir choisi de représenter des personnages que l’on saisit en pleine lecture. Ainsi des deux sœurs lisant chez Auguste Renoir ou La lecture de Fernand Léger.

 

Avec en couverture La Liseuse de Jean Honoré Fragonard, cet ouvrage propose en son cœur des réinterprétations de cette figure devenue presque mythique. De la sensualité se dégage de certains tableaux, avec des femmes lisant à demi-nue quand, dans d’autres, c’est l’évasion qui prend le dessus, ou la recherche du savoir.

 

Reste à savoir comment vous deviendrez, vous, lecteur de ce livre. Est-ce que vous le dégusterez sagement au creux de votre canapé, ou, dans votre lit, avant de vous endormir ? Peut-être, confortablement assis devant votre bureau ? A vous d’inventer la posture qui vous conviendra le mieux. Et, s’il y a autant de positions que de livres, il y a aussi autant de possibilités que de lecteurs… A chaque livre sa posture, à chaque lecteur d’inventer la sienne.

 

Même si l’ouvrage est de bonne facture et que les œuvres bénéficient d’une belle qualité de reproduction, on regrettera qu’un livre d’art comme celui-ci ne soit pas imprimé et relié en France mais en Chine. L’Hexagone dispose encore aujourd’hui du savoir-faire permettant l’édition d’ouvrages de grande qualité, à l’image de ce que propose régulièrement la maison d’éditions Les Saints Pères.

 


Pour approfondir

Editeur : Citadelles & Mazenod
Genre : peinture /...
Total pages : 240
Traducteur :
ISBN : 9782850886072

Le livre dans la peinture

de Robert Bared - préface de Pascal Quignard

Qu'il suscite engouement, fascination, appréhension ou désir, le livre a fait l'objet de très nombreuses représentations picturales donnant la mesure du vaste champ d'exploration qu'il offre aux artistes. Motif hautement symbolique, qu'il soit sacré ou profane, il ouvre également les portes de l'univers feutré de la lecture. Un livre pour quelle lecture ? A voix audible ou intérieure ? Lecture solitaire ou partagée ? Passive ou critique ? Lecture de divertissement ou quête de vérité ? Lecture utilitaire et savante ou bien gratuite et ouverte sur l'imaginaire ? De la Renaissance au XXe siècle, ce livre richement illustré invite à percer quelques uns des mystères du livre et de la lecture.

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