Les affreux chandails de Lester : vive les pulls tricotés à la main

Cécile Pellerin - 18.03.2015

Livre - Littérature jeunesse - Québec


Le premier livre de K.G. Campbell en tant qu'auteur-illustrateur est une pépite. Drôle et facétieux, un peu fou, il séduit d'emblée par ses dessins nostalgiques et colorés, presque "vintage" amusants et très attachants.

 

L'histoire, joliment étrange et décalée, de plus en plus farfelue et irrationnelle au fil des pages, déclenche de joyeux rires. Adultes compris (sans doute rattrapés par quelques souvenirs d'enfance). Et va plus loin ensuite, capable d'amener l'enfant à réfléchir sur l'acceptation des différences, les convenances sociales parfois gênantes et désagréables et bien utile aussi pour stimuler l'imagination créative. Bref, de quoi susciter ensuite autant d'envies de travaux manuels que de discussions philosophiques.

 

Lester est un petit garçon assez particulier, très sensible à tout ce qui se passe autour de lui. Rigoureux et un peu maniaque, il a pris l'habitude de faire des listes et de collectionner des objets trouvés. C'est rassurant et amusant.

 

Sage et poli, il accueille Clara, une  vieille cousine inconnue, sans domicile depuis que des crocodiles l'ont dévoré. La cohabitation se passe bien jusqu'à ce que la vieille dame se mette à lui tricoter des pulls, tous plus affreux les uns que les autres. Respectueux des convenances, Lester n'exprime pas son avis et porte les chandails qui font bientôt de lui la risée de toute l'école.

 

Pour ne pas déplaire à sa cousine, il redouble d'imagination, de colère et d'énergie  pour détruire un à un les tricots qu'elle ne cesse de produire inlassablement. Jusqu'au jour où ces chandails plaisent à d'autres… Aussitôt son amertume et sa furie retombent et tout rentre dans l'ordre. Lester retrouve ses listes et sa collection. Apaisé et de nouveau rassuré.

 

A travers les illustrations des pullovers, toutes plus farfelues  et originales les unes que les autres, la multitude de termes descriptifs pour qualifier ces tricots, (« ratatiné, troué, abominable, repoussant, déformé, hideux, désolant », …) le livre progresse et dessine également un personnage en évolution.

 

 

 

Un parcours presque initiatique d'un enfant doux et tranquille, qui, au fur et à mesure, que la cousine tricote des horreurs, sent l'humiliation monter, la tristesse augmenter, le désespoir le gagner puis la colère le posséder (« Il tenait une grande paire de ciseaux, et ses mains étaient couvertes de fil rouge. ») jusqu'à la résignation qui semble le condamner à subir indéfiniment les lubies de la cousine.

 

L'histoire pourrait ainsi tourner à la tragédie mais, par une pirouette habile, l'auteur sauve tout le monde de la déconvenue, la cousine incluse. Dans une bonne humeur  éclatante et agréablement contagieuse.