Les années cerises, de Claudie Gallay

Clément Solym - 28.06.2011

Livre - annees - cerise - claudie


D’abord publié en édition jeunesse, ce « nouveau » roman de Claudie Gallay n’en est donc pas un, puisque écrit avant Les Déferlantes. La seule nouveauté c’est qu’il est désormais disponible en Babel
poche sans connotation littérature jeunesse.


C’est un peu agaçant de penser lire une nouveauté et de constater que le lecteur est finalement la victime d’une politique marketing pas clairement affirmée mais qui fait vendre certainement. Claudie Gallay, depuis Les Déferlantes « mérite mieux », apparemment que les éditions jeunesse puisque c’est la seconde fois que se produit cet habile transfert. Le lecteur a ainsi découvert Mon amour, ma vie chez Babel en 2010 alors qu’il existait depuis 2008 en jeunesse.
 
Au-delà de la polémique, difficile de ne pas aborder alors Les années cerises, justement comme un roman écrit pour les jeunes. Et il est vrai que le style simple, sensible et touchant de Claudie Gallay, hélas, pas encore aussi puissant et abouti que dans Les Déferlantes s’y prête parfaitement.

De plus, le narrateur est un jeune garçon de 12 ans, « l'Anéanti », fragile et solitaire, un peu malmené par une mère paumée et dépressive, peu aimante et violente parfois, « Maman elle a la taloche facile. C’est à cause de son boulot » et un père absent « Il part le matin, je ne le vois pas, et il rentre le soir. Quand je lui demande, il répond : je me tue pour vous, huit heures par jour et ça ne suffit pas ! » Ils habitent dans une maison qui menace de s’effondrer mais que sa mère refuse de laisser et chaque jour qui passe voit le jardin s’affaisser jusqu’à la disparition du cerisier dans le gouffre.

Ce bref roman égrène des instants de vie de l’enfant, tour à tour mélancoliques, hypersensibles et poétiques. Le sapin de Noël, le chien mécanique témoignent avec douceur de moments pourtant cruels où le manque d’amour maternel affecte et perturbe et peut donner envie de mourir, même quand on est enfant. « Je joue à la mort ».

Mais il y les grands-parents aimants et paysans, les parties de pêche, la balade en bord de mer avec l’oncle François et la sœur de Paulo qui illuminent la vie et contrebalancent l’existence difficile ; tous ces petits riens (l’œuf au gruyère et ketchup devant la télé, la radio de la Renault 5, allumée pour le match, au bord de la rivière, les livres, le poster de la montagne, la fête foraine…) qui offrent à « l'Anéanti » des moments de bonheur et soulagent son quotidien amer.

Et puis au final, tout s’apaise quand la maison s’effondre. « Le bonheur, finalement, c’est pas si compliqué ». Peut- être cette impression justement de simplicité, de naïveté qui n’émeut pas toujours et ennuie parfois. Après lecture, un léger goût d’inabouti imprègne ; il a manqué la grâce et la profondeur. Mais le style très personnel de Claudie Gallay (phrases courtes, notamment) offre au récit une spontanéité agréable et un rythme fluide pour une lecture en continu, délicate et reposante.

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