Les Attaques de la boulangerie : deux nouvelles de Murakami

Xavier S. Thomann - 11.11.2013

Livre - Murakami - Prix Nobel - Nouvelles


Une fois de plus, Haruki Murakami, l'un des grands favoris depuis plusieurs années, n'aura pas reçu le prix Nobel. La distinguée Académie a préféré Alice Munro. Pourquoi pas . En attendant de voir le Japonais sacré un jour, on peut continuer à découvrir son oeuvre. Par exemple avec les deux nouvelles qui composent les Attaques de la boulangerie, deux textes qui condensent plutôt bien tout ce que l'on aime chez l'auteur de Kafka sur le rivage. À savoir : sa grande finesse d'expression, ses intrigues inhabituelles et l'usage d'images qui ne le sont pas moins.

 

Ici, il s'agit donc de deux nouvelles, qui bénéficient d'une jolie édition poche de la part des éditions 10-18 : papier glacé et illustrations accompagnent les deux textes. Le premier, « L'attaque de la boulangerie », donne le ton. Deux jeunes hommes sont en proie à une faim terrible. Comme ils refusent de travailler, ils ont logiquement du mal à trouver l'argent nécessaire pour se nourrir. Leur vient alors l'idée saugrenue de braquer une boulangerie, non pas pour la caisse, mais simplement pour manger le plus de pain possible. 

 

S'en suit une conversation des plus improbables avec le propriétaire du magasin sur lequel les deux complices ont jeté leur dévolu. Le boulanger, un membre du parti communiste fan de Wagner (le prélude de Tristan et Isolde en particulier), leur offre une réaction tout à fait inattendue. 

 

Ils peuvent prendre tout le pain qu'ils veulent à condition d'écouter un peu du compositeur allemand avec lui. Murakami utilise à bon escient le burlesque pour se moquer de ses personnages : « Munis de nos couteaux, nous avancions lentement en direction de la boulangerie. Cela faisait penser au film, Le train sifflera trois fois ». 

 

Cette drôle d'histoire fonctionne comme une introduction la seconde nouvelle, nommée à juste titre « La Seconde attaque de la boulangerie ». Nous sommes dix années plus tard. L'un des jeunes hommes de la première nouvelle est désormais sagement marié. Mais voilà qu'un soir son épouse et lui-même sont tiraillés par cette même faim terrible. Ce qui le ramène à la première attaque de la boulangerie...

 

Rien d'extraordinaire à première vue. Il est clair que sans le talent de Murakami, ces deux textes ne présenteraient pas grand intérêt. Peu d'auteurs savent raconter des histoires aussi fantaisistes et farfelues sans tomber dans le ridicule. Le lecteur rigole un peu, mais pas trop. Murakami a le sens de la mesure. Tout cela à grand renfort d'images, contribuant à faire de l'expérience de la faim une expérience mystique aux dires du personnage principal.