Les Blancs, Norman Rush

Clément Solym - 08.06.2009

Livre - blancs - Norman - Rush


Une petite description du Bostwana entre “Native people” et les blancs. Entre les grandes familles colonialistes et les expatriés venus sur place pour des projets de développement hypothétique, géants du capitalisme, aides humanitaires ou encore forces armées de la paix, Norman Rush connaît bien son sujet puisqu’il y a lui-même vécu.
 

Il s’agit d’un regard désabusé au travers de ces différentes nouvelles, un regard d’anthropologue quasiment qui a roulé sa bosse. À force d’approches trop scientifiques sur le terrain de l’Afrique Australe, on a pu aboutir à des considérations et à des idées aberrantes et rétroactives dans les interactions des Occidentaux avec la population locale, la faune ou même la flore.
 

Norman Rush a une dent contre les fameux Boers, ces Européens pionniers dans ces contrées, originaires de Hollande qui ont colonisé cette partie de l’Afrique. Ils y sont décrits comme une véritable « honte pour la Hollande ». Il s’appuie particulièrement sur leurs moeurs et leurs pratiques décadentes, et accusées de tous les maux de la population autochtone.

Par ailleurs, il s’agit d’une analyse poussée de la violence quotidienne comme fonction de justice ou de règlement de compte plutôt efficace, basée sur la honte et sur les coups proportionnels à la gravité de la faute. Une conception des locaux héritée de leurs traditions, remises en cause par les idéaux occidentaux.
 

C’est aussi la description du sentiment de supériorité ouest-européenne chaque fois qu’il voyage sous ces latitudes plus basses où les pratiques, les us, les coutumes et autres traditions différents ; et qui sont perçues comme barbares ou même primaires. Plus fondamentalement, c’est une énième constatation de la confrontation des civilisations, ce qu’elles ont de fatales, de terribles et parfois de cruels… représentées par des êtres qui ne peuvent se comprendre… entraînés par des méprises, des ratés, de l’indifférence ou de l’entraide. Les efforts et les faits pour promouvoir et apporter les libertés, la conception de l’égalité et autres fraternités n’y font rien, le fossé entre les communautés est bien trop profond, les rancunes tenaces et les inimitiés lourdes.

De façon plus terre-à-terre, Norman Rush s’attelle à démontrer comment s’occuper en plein désert, l’art et la manière de faire chez « les blancs » : rester dans son propre égoïsme, partager, découvrir l’autre, pire ou mieux… Concernant les autochtones pour leur part, il y a une véritable fascination pour les mythes et les légendes ainsi que pour la sorcellerie. Il existe une certaine attraction pour ce qui relève de l’inconnu et de l’étrange dans un univers qui habituellement relève davantage de l’irrationnel.
 

Enfin, c’est une description acerbe du tout puissant État d’Afrique du Sud qui concentre toutes les richesses et les besoins face à ses voisins du Nord beaucoup plus petits et fragiles dans une société qui favorise encore très largement les blancs. Plus au-delà de ce rapport à la couleur de peau et aux ethnies, les Blancs consiste en une riche description des rapports humains, et notamment des interactions entre hommes et femmes.

 
 

 

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