Les bottes suédoises : De la vieillesse

Cécile Pellerin - 09.09.2016

Livre - Littérature suédoise - vieillesse - solitude


Si vous avez lu "Les chaussures italiennes" (2009), vous n'aurez sans doute pas oublié le bain  quotidien de Fredrik Wedin en mer baltique, l'ancien chirurgien reclus sur une île de l'archipel suédois. Le rituel balnéaire se poursuit donc avec ce roman, publié à titre posthume. Henning Mankell propose une suite indépendante mais, hélas, n'offre pas la même intensité ni la même lumière à ce récit.

 

Composée d'une intrigue assez molle et fade, presque sans surprise, heureusement ravivée par les souvenirs d'enfance du narrateur (proches sans doute de ceux de l'auteur) qui s'y mêlent en abondance, l'histoire réussit à conserver un intérêt romanesque et se lit sans peine, sans véritable ennui. Mais sans grande joie non plus. Comme une impression de déjà lu.

 

 

“Quelqu’un qui a tout perdu n’a pas beaucoup de temps. A moins que ce ne soit l’inverse […] Avais-je encore l’énergie de voir une autre perspective  que la vieillesse et la déchéance ?

De trouver une nouvelle volonté de vivre ”.

 

Fredrik Wedin a soixante-dix ans. Chirurgien retraité, il vit seul sur son île. Une nuit, il est réveillé par des flammes et assiste, impuissant, à l'incendie de sa maison. Il a tout perdu. Un drame qui le confronte à sa solitude et à la vieillesse, le mène à revisiter son existence, l'approche davantage encore de la mort. Mais le retour de sa fille Louise, la rencontre avec une journaliste, Lisa Modin, pourraient peut-être contrebalancer son désespoir, raviver son désir, modifier le destin qu'il s'est réservé.

 

L’histoire et les différents événements qui la composent, les relations entre les différents personnages manquent de profondeur pour convaincre véritablement le lecteur.  Assez prévisibles, ils ne parviennent pas à s’ancrer véritablement dans une réalité.  Pourtant l’auteur a toujours la volonté d’évoquer la société suédoise et ses dérives, dénonce encore les attitudes de repli identitaire, exprime la nécessité d’ouverture culturelle mais de manière plus feutrée, plus désenchantée peut-être aussi, comme si ce combat n’était plus le sien désormais.

 

“Le vieillissement était une nappe de brume qui s’approchait en silence.”

 

Mais, lorsqu’il évoque la vieillesse de son personnage et son rapport à la mort, son désenchantement, lorsqu’il décrit l’archipel, ses lumières et ses couleurs, son ambiance hivernale et le temps qui passe, lorsqu’il s’approche de l’intime, devient plus mélancolique aussi ; dans ces instants-là, le livre attache sans détours.

 

Lucide et amer,  sans complaisance avec son personnage (et lui-même ?), Henning Mankell exprime avec justesse la difficulté de vieillir et d’aimer, le rapport au corps, les regrets, la peur de la maladie, de la perte d’autonomie (“vision repoussante, effrayante” du déambulateur), de la démence sénile. La douleur et l’angoisse mais aussi le courage et l’espoir qui animent son héros, imprègnent alors le lecteur, quel que soit son âge, l’amènent à saisir, le temps de quelques pages, l’âge ultime. Sans fracas ni illusions. Sobrement et avec sincérité. Inquiétude aussi.

 

Des instants de lecture précieux à retrouver notamment dans Sable mouvant (Seuil, 2015), son dernier livre, “Fragments d’une vie”.

 

Et surtout, lisez “Les Chaussures italiennes”.


Pour approfondir

Editeur : Seuil
Genre : litterature nordique
Total pages : 354
Traducteur : anna gibson
ISBN : 9782021303896

Les Bottes suédoises

de Henning Mankell

Fredrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n’est plus qu’une ruine fumante. Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s’interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre ? Mais c’est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, l’apparition d’une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale. Tandis que l’hiver prend possession de l’archipel, tout va basculer de façon insensible jusqu’à l’inimaginable dénouement. Après l’immense succès des Chaussures italiennes, auquel il fait suite, Les Bottes suédoises brosse le portrait en clair-obscur d’un homme tenaillé par le doute, le regret, la peur face à l’ombre grandissante de la mort ̶ mais aussi la soif d’amour et le désir ̶ , d’un être amené par les circonstances à revisiter son destin et à reprendre goût à la vie. Tel est l’ultime roman de Henning Mankell : une œuvre d’une sobriété élégiaque et poignante, traversée et portée par la beauté crépusculaire des paysages. Henning Mankell a partagé sa vie entre la Suède et le Mozambique. Outre la célèbre série « Wallander », il est l’auteur de romans sur l’Afrique et sur des questions de société récompensés par de nombreux prix littéraires, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse. Henning Mankell est mort à Göteborg le 5 octobre 2015 à l’âge de 67 ans. Traduit du suédois par Anna Gibson Philosophe de formation, Anna Gibson exerce à plein temps le métier de traductrice littéraire. Elle a traduit notamment Henning Mankell, Colm Tóibín, Monika Fagerholm, Klas Östergren, Aldo Leopold.

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