Les Chroniques du Confiné : Homard m'a pas tuer

La rédaction - 08.04.2020

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ROMAN JEUNESSE – Faits du jour : Wuhan a rouvert, scènes de liesses euphoriques, hum hum, est-ce bien raisonnable ? Le fondateur de Twitter fait don d’un milliard de dollars pour la lutte contre le virus et Bill Gates s’engage dans la recherche d’un vaccin : heureusement que nos amis les riches sont là quand même ! La Grande-Bretagne retient son souffle, les États-Unis flanchent, le PIB s’écroule… Notre cher gouvernement tient donc à nous rassurer, ici le déconfinement, ce n’est pas pour tout de suite. 



 
Pour vous permettre de changer un peu d’air, et de vous échapper pendant quelques instants, nous allons vous présenter lors de cette nouvelle chronique du Confiné un ravissant — oui, ravissant — roman jeunesse, L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace, paru aux Editions La joie de Lire. Thomas Gerbeaux et Pauline Kerleroux nous emmènent sur les traces de leur enfance, en Bretagne, et plus spécifiquement sur l’île aux Moutons, connue pour ses vagues et bien évidemment ses… moutons.

Jeanne est une petite fille, qui vit à Moutonville, avec son papa, maire de l’île et vétérinaire (un vétérimaire !), et sa grand-mère, qui fume au point de ressembler à une locomotive à vapeur. Jeanne a un chien, Jean-Pierre. Jeanne avait une maman, emportée par les vagues. Jeanne aime tresser des bracelets pour ses amis ovins, mais n’aime pas les restaurants « où on ne sert que des plats pour grandes personnes, pleins de gras et d’arêtes ». Et surtout, les adultes restent des heures à table. 

Alors qu’elle dîne avec son papa au Restaurant du Port, Jeanne s’improvise une marelle en compagnie de son amie imaginaire, pour passer le temps. Et c’est là que l’aventure commence. Un, deux, trois, soleil ? Non, pour Jeanne, c’est un, deux, et crac. Elle vient tout juste d’écraser la pince d’un homard, à moitié cuit… Mais qui est donc ce crustacé ? Que fait-il là ? En plus, il parle ! 

Notre homard est en réalité un fugitif qui s’est évadé du « couloir de la mort ». Brutalement arraché à son vivier par un serveur, et séparé de ses amis les autres crustacés, notre homard est déjà dans une casserole d’eau bouillante avec des carottes et des oignons, lorsqu’il décide que sa dernière heure n’est pas encore venue. Jeanne est sa chance. Attendrie par l’animal qu’elle a blessé, elle accepte de le cacher et de le soigner. 

Et surtout, elle va l’aider, grâce à un plan machiavélique élaboré par le décapode, à libérer ses ex-co-détenus — Mancho, le homard à un pince, Odette, l’araignée de mer, les étrilles, tourteaux et autres crabes verts. Une jolie histoire d’amitié se tisse entre cette petite fille solitaire et ce homard loquace, qui permettra, de plus, à Jeanne de faire le deuil de sa maman. 

Thomas Gerbeaux et Pauline Kerleroux n’ont rien inventé, ou presque. Ils se sont en effet inspirés de l’histoire d’une écrevisse qui, en 2018 en Chine, s’est échappée d’un chaudron bouillant. Le cuisiner, admiratif lui laissa la vie sauve. Cette même année, figurez-vous que la Suisse, pays de la Joie de lire, a interdit de plonger les homards dans de l’eau bouillante sans les avoir assommés au préalable. 

Légitime, alors, la question de Jeanne à son papa :

 – Pour être vétérinaire, est-ce qu’il faut savoir soigner tous les animaux ?
– Toutes les bêtes, oui. Chiens, chats, lapins, cochons, vaches, moutons…
– Homards ?
– Mais, non voyons, quelle idée 
».  


L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace est un roman plein d’humour, de jeux de mots. Il aborde avec finesse et sensibilité le thème de la souffrance animale. Point de militantisme ici, uniquement une élégante de manière de réfléchir au sort que nous réservons aux autres êtres vivants. Qui peut décider de la souffrance de l’autre ? Un bichon ressent-il davantage la douleur qu’une langouste ? 



 
À moins d’avoir un don de télépathie avec les animaux, personne n’a vraiment le droit de décider pour les autres, non ? Ou pour citer Gérard de Nerval, promenant un homard dans les jardins du Palais Royal : « En quoi un homard est-il plus ridicule qu’un chien, qu’un chat, qu’une gazelle, qu’un lion ou toute autre bête dont on se fait suivre ? J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas et n’avalent pas la monade des gens comme les chiens, si antipathiques à Goethe, lequel pourtant n’était pas fou. »

Le récit est présenté alternativement du point de vue du homard, caustique et piquant à souhait, et de la petite fille, qui se sent investie d’une grande mission. Elle passe de son statut d’enfant à celui de sauveuse des animaux à carapace. Thomas Gerbeaux nous offre une écriture qui mêle suspense, rebondissements et poésie. 

Les illustrations en orange, rouge et bleu sont comme des instantanés captant certaines scènes, qui rythment parfaitement la narration. On s’imagine sur cette île et on entend les vagues se briser sur les rochers. On se prend au jeu de Homard, ce Che Guevara du crustacé. On est de tout cœur avec cette petite fille. Et on veut vraiment que tout ce petit monde retrouve le fond des océans.

Promis, bientôt, vous réinvestirez votre résidence secondaire de Saint-Malo, mais pour l’instant, restez chez vous… À demain les confinés, pas de folies hein !


Thomas Gerbeaux, Pauline Kerleroux – L’incroyable histoire du homard qui sauva sa carapace — La joie de Lire — 9782889085019 – 10,50 €


Dossier : Retrouver Les Chroniques du Confiné


Commentaires
J'adore vos chroniques ; j'ai toujours envie de découvrir le livre.
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