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Les Chroniques du Confiné : Tomi Ungerer et la fin du monde

La rédaction - 30.03.2020

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ALBUM JEUNESSE – Faits du jour : troisième semaine de confinement ; le ciel est toujours bleu ; il neige à Bordeaux ; annonces gouvernementales creuses... Les nouvelles se suivent et se ressemblent, tristement. Mais où va-t-on ? Quelqu’un sait où l’on va ? Non, personne ? Aïe...


Au nom du ciel... que suis-je en train de faire ?

 
Alors, aujourd’hui, on ne va pas vous présenter un livre hyper joyeux, non. C’est un album sur la fin du monde… Un livre de Tomi Ungerer, sorti à titre posthume, que beaucoup voient comme un testament, le dernier cri d’un humaniste engagé, tantôt critiqué, tantôt adulé et qui nous a quittés en février 2019.

Ce bel ouvrage, aux lignes droites et hyper graphiques, se termine pourtant sur une note d’espoir. En effet, c’est le mot paix, en gras, qui vient clore l’histoire de Vasco. Vasco erre seul sur une terre déserte, asséchée, froide, et totalement déshumanisée. Le visage masqué par sa casquette, Il fait face, se bat, continue malgré tout. Don’t hope, cope...

Oui, tout le monde est parti sur la Lune, les humains ont fui la catastrophe qu’ils ont eux-mêmes créée. Tout se délite ici-bas, les immeubles s’effondrent, les rues deviennent des torrents, les bateaux sans capitaine s’écrasent contre les récifs, les océans gèlent puis le soleil brûle, des cuves à essence explosent, la lune elle aussi commence à être polluée par cette humanité, les chars d’assaut ont envahi la ville…

Tout a disparu, toute forme de vie animale a déserté, la nature reprend ses droits. Le monde s’écroule autour de Vasco, qui n’est guidé que par son ombre. Ombre, instinct, dernière part d’humanité, le lecteur a le choix de l'interprétation, comme toujours. Cette ombre donc, qui l’oriente, le conseille, le prévient des dangers, le sauve, à chaque fois juste à temps. Il n’y a apparemment, plus d’espoir, il faut survivre.

Elle mettra Vasco sur la route de Rien, qui lui demande de remettre une lettre à sa femme, disparue. Elle le guidera alors jusqu’à elle. Et voici une mère qui supplie de prendre soin de son fils, Poco. Ce que Vasco fera, jusqu’au bout, jusqu’à le mettre en sécurité dans un havre de… paix – sous la forme d’un gros gâteau couvert de glaçage. Ungerer insiste sur ce délectable détail. L’ombre a accompli sa mission, elle peut laisser Vasco et Poco.



 
Tomi Ungerer nous offre un dernier album basé sur des valeurs fortes d’entraide, de courage, d’espérance, d’amitié, sur fond de scénario d’anticipation apocalyptique, plus que réaliste. Ungerer n’a pas abandonné. Vasco et Poco survivront et même, vivront heureux, ensemble. Cet ouvrage est un voyage vers l’amour, la paix, le souci de l’autre. L’espoir existe, encore. 

À deux, nous sommes plus forts. À deux, nous espérons mieux. Comment ne pas voir ici un parallèle saisissant avec notre confinement subi : quoi de plus beau qu’une rencontre spontanée avec l’autre, quoi de plus inspirant que le devoir de prendre soin d’un plus petit, d’un plus faible que soi ? Quoi de plus fort que d’avancer ensemble ?

Dans sa forme, Juste à temps reste très classique — une page de texte, court et direct, faisant face à une page d’illustrations — mais atypique dans sa vision d’une terre qui se démantèle. Des traits droits. Des constructions et édifices humains rectilignes, des cassures nettes : les murs flanchent, les mers se déchaînent, les raffineries explosent. On voit du Dali, du Picasso, un cubisme nouveau, aux couleurs sombres, des décors mouvants, des paysages qui apparaissent pour disparaitre. 

Désastre écologique, crise migratoire, pandémie, ou encore conséquences néfastes de nos modes de surconsommation et de surproduction, Juste à temps fait écho à de nombreuses réalités auxquelles nous sommes confrontés. Comment avons-nous réussi à faire de la terre un endroit si meurtri ? Comment avons-nous réussi à nous auto-détruire ? 

Un album sombre, pessimiste, qui laisse une toute dernière chance à l’humanité de se sauver. Si vous lisez cet album avec vos enfants, prenez bien soin de leur expliquer de quoi il en retourne, et que tout n’est pas perdu… Le titre original est d’ailleurs Don’t stop. Ne pas cesser de croire, ne pas cesser de se battre, pour faire mieux. 

Ardent défenseur des droits des enfants, Ungerer a toujours voulu leur donner le courage de se révolter contre l’injustice, d’affronter leurs peurs. Juste à temps leur permettra de prendre conscience qu’il est encore temps de ne plus avoir peur.



Tomi Ungerer, trad. Rosalind Elland-Goldsmith — Juste à temps — L’école des loisirs — 9782211303828 – 18,80 €


Dossier : Retrouver Les Chroniques du Confiné


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