Les créatures du Docteur Fu Manchu, Sax Rohmer

Clément Solym - 18.12.2008

Livre - creatures - docteur - Manchu


Second tome des aventures du Docteur Petry et de Nayland Smith, contre les restes du monde ou plutôt contre le maléfique Docteur Fu Manchu, le cerveau abominable venu des mythiques confins de la Chine.

C’est déjà un plaisir de tenir ce petit bijou d’édition entre les mains, vraiment réussi, très agréable, à la mise en page soignée. Parlons d’ailleurs de l’édition, c’est seulement la troisième fois que ce récit est publié en un siècle. Chaque fois, il semble que le roman soit publié à un moment de crise entraînant de lourds changements : 1) première édition dans les années 30, les premiers effets des excès de l’économie ; 2) la seconde édition dans les années 60 avec la remise en question de la société de consommation ; 3) Aujourd’hui en plein coeur d’une crise financière et boursière quelque peu sans précédent.

Voilà pour la présentation, entrons dans le vif du sujet. Ce petit livre est tout bonnement bien ficelé. Pour ma part, je me suis rappelé les premiers romans d’Agatha Christie ou les premières aventures de sombres héros que je lisais plus jeune. Indéniablement, il y a un parfum de Sherlock Holmes et du Docteur Jekill suivi non loin de Mr Hide qui plane au fil des pages. Le Docteur Fu Manchu, laissé pour mort dans le précédent opus, revient plus féroce, plus malin et prêt à surpasser les lois de la logique et défier l’Occident. Décrit comme un être malicieux, séduisant, mais aussi terrifiant, il rappelera immanquablement l’Empereur Ming de Flash Gordon, ou l’abominable mandarin que Jack Burton affronte dans ses aventures. Le choix de ce personnage par Sax Rohmer peut s’expliquer aisément par l’attrait de l’Orient et autres chinoiseries au début du siècle dernier.

On ne peut pas dire que les noms des personnages soient des plus communs, nos deux héros déjà, le méchant de l’histoire, la belle dont on ne sait s’il faut la ranger dans la catégorie alliée ou ennemie : Kâramanèh ! Les caractères y sont dépeints également de telle manière que l’on peut soupçonner parfois un discours clairement affirmé la supériorité de l’homme blanc face à la sournoiserie des autres peuples forcément limités. Atmosphère colonialiste ambiante de l’époque certainement.

L’histoire tourne donc autour de l’identité du Docteur Fu Manchu. Qui est-il ? Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Dans quel but ? La construction de l’intrigue s’établit par un chapitre établissant les méfaits criminels de Fu Manchu suivi ensuite par un autre chapitre résolvant les tours de passe-passe du méchant de l’histoire. Globalement, c’est très bien ficelé. L’auteur nous lance sur des pistes logiques et l’on se retrouve complètement perdu la page suivante. Un délice! Il va parfois même jusqu’à proposer des énigmes qui logiquement sont le fil rouge du récit, et les oublie en chemin… enveloppant encore davantage une ambiance déjà très pesante.

Les procédés utilisés par Fu Manchu sont définitivement originaux et terrifiants. Utilisant des procédés saugrenus ainsi que des créatures fantastiques, il dépose sa rage sur notre monde s’attaquant à des buts bien précis pour le secret dessein du réveil de la toute puissante Chine. Le tout pour en y réchapper est d’éviter de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment ; mais surtout de s’enfuir à la moindre silhouette bardée de jaune et de vert, vous scrutant avec des yeux de jade perçants.